‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 113 sur 266 · LE SYMBOLE · texte numérisé non relu

LE SYMBOLE

certes, n'avait rien à faire dans cette affaire, montre dans tout son jour le prix qu'il attachait à cette résidence. La seule vraie et grande raison de cet attachement, ce n'est pas dans son cœur et dans ses relations avec madame de Bœcklin, malgré ce qu'il en croit et ce qu'il en dit, c'est dans son esprit et dans ses conquêtes faites à Strasbourg qu'il faut la chercher. Madame de Bœcklin , la spirituelle Allemande qui lui a fait apprendre la langue de Bœhme, n'est que le symbole le plus sensible de sa transformation, que l'objet chéri auquel sa mystique tendresse aime à rattacher son enthousiasme. Saint-Martin a éprouvé à Strasbourg, avec l'aide d'une âme grande et sÉectueuse, la plus noble jouissance d'un noble esprit, le sentiment d'une puissante modification. Et tour à tour il attribue cette modification aux écrits d'un théosophe qui le transporta dans une sphère supérieure à celle où il avait vécu jusque-là, et à ses entretiens avec la personne qui lui ouvrit ces nouveaux horizons.

Ce serait là bien assez, je crois, pour expliquer son enthousiasme pour Strasbourg en même temps que la transformation qu'il y subit, mais ce n'est pas tout : ce n'est pas même le plus essentiel pour expliquer les deux.

Habituellement très-grave et très-réservé au nom de sa raison, très-soumis au nom de sa foi, M. de Saint- Martin était par sa nature entière vif jusqu*à la pétulance, gai jusqu'à l'épigramme, actif au point de tout embrasser, d'une prodigieuse réceptivité d'esprit et de cœur. Son esprit, formé par Y Art de se connaître soimême d'Abbadie , par les Méditations de Descartes et par le Contrat social et Y Emile de Rousseau, — son es-

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prit ainsi formé, très-impressionnable et très-excité, avait été profondément frappé du spectacle de la libre Angleterre. Tout à coup transporté en Italie, il passe de Rome, sans transition, dans une ville française de nom, mais allemande et protestante de pensée ; une ville où se plaisait singulièrement une colonie française trèsnombreuse et très-puissante, mais pleine de curiosité et de déférence pour les nouveautés où elle se trouva mêlée et qu'elle n'avait pas même soupçonnées de loin. A ce moment cela donnait à Strasbourg le plus singulier aspect. Des étrangers distingués par la naissance et par la fortune, attirés par Famour de cette espèce de France encore si allemande et si cordiale de mœurs, mais dé^à si française de sympathies et d'idées, ajoutaient aux agréments du commerce et aux sources d'instruction. En général, cette époque était belle. On était en 1788. C'était l'aurore des plus vives aspirations de la pensée nationale à ses plus glorieuses destinées. Les utopies de la raison, car elle aussi a ses utopies, n'étaient pas exclues de ce mouvement universel mais d'ailleurs très-pacifique des esprits. Des accents émus, retentissant sur les rives un peu agitées de la Seine, faisaient vibrer tous les cœurs parmi ces Français des bords du Bhin, si jeunes encore dans les annales du pays. Dans les contrées voisines, le mouvement, un peu autre, n'était pas moins beau. Il était plus grave. C'était l'ère des plus grands et plus hardis enseignements de la philosophie allemande. Le magnifique complément de la Crittque de ta raison pure^ celle de la raison pratique parut au moment même où le Philosophe inconnu^ déjà célèbre, venait de s'installer à Strasbourg. Il ne

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