LA TRANSPARENCE
prouvé qu'il y avoit sur moi un décret qui me condamnoit à ne faire qu'approcher de mou but et à ne le pas toucher; mais je n'avois pas encore découvert l'esprit de ce décret. C'est aujourd'hui , 31 janvier 1792, que cette connoissance m'a été donnée. Elle m'apprend que ce décret a été porté sur moi par une prudence de la sagesse; car si j'avois eu des circonstances aussi favorables que mon esprit étoit facile, j'aurois percé plus loin qu'il ne convient à un être en privation, et j'aurois communiqué ce qui doit peut-être rester encore caché, tant mon astral étoit transparent. Je ne parle pas des sciences humaines dans lesquelles j'aurois pu aussi trop séjourner, et qui m'auroient pu nuire en plus d'un sens. »
Pour comprendre le risque sublime que lui faisait courir sa céleste transparence^ il faut se rappeler ce que nous avons dit de son astral dès notre premier chapitre ; et il faut convenir, à la vue de ces appréciations de soi-même, qu'on ne se résigne pas de meilleure grâce ni avec plus d'esprit au bénéfice de son amour-propre.
Mais , 6 les vaines illusions que celles de l'homme ! Saint-Martin n'est pas résigné du tout, et bientôt nous touchons à une recrudescence de nostalgie. Rappelezvous ce texte : c< A Pâques tout étoit arrangé , écrit-il dans son Portrait^ pour retourner auprès de son amie, lorsqu'une nouvelle maladie de mon père vint encore , à point nommé, arrêter tous mes projets. » Et voyez ce que valent les consolations les plus ingénieuses qu'on se prodigue : tant que votre cœur est malade, véritable Rachel des montagnes d'Éphralm , il ne veut