LE DÉCRET DES SUSPECTS
portait arrestation de tous les suspects et déclarait suspects : IMes partisans de la tyrannie ou du fédéralisme; 2"^ ceux qui ne pouvaient pas justifier de l'acquit de leurs devoirs civiques ; 3® ceux à qui l'on avait refusé des certificats de civisme ; • 4* les fonctionnaires . destitués et non réintégrés ; 5® ceux des anciens nobles, ensemble les femmes, mères et filles, qui n'avaient pas constamment manifesté leur attachement à la révolution. Nous passons le reste. Ce que nous rappelons suffit pour faire comprendre toute l'élasticité de l'acte. Élasticité terrible, qu'expliquait, mais sans la justifier, la situation du pays, élasticité que n'affaiblit pas l'application dans certaines localités , et que l'histoire ' même , devenue impartiale , devra toujours reprocher d'autant plus vivement à cette énergique et violente assemblée qu'elle sut voter pour toutes sortes d'intérêts publics une plus ^elle série de décrets, et les jeter au mûieu des mesures les plus vulgaires avec une plus magnifique grandeur et une plus téméraire suffisance.
Saint-Martin, surpris par ce décret à Petit-Bourg, était bien convaincu, et avait lieu de l'être, qu'il ne le regardait pas. Il écrivit cependant au prooureur de sa commune, dans le style du temps et comme il le fallait, avec une grande noblesse. C'est une des plus beUes lettres qui nous soient restées de lui, disons même la plus belle, puisque nulle autre n'est à ce point empreinte des deux plus pures vertus du citoyen, la soumission aux lois du pays et le plus ferme sentiment de la dignité personneUe. Cela n'exclut ni l'habileté de la rédaction ni la finesse de la pensée. Nous y frisons même de