L£ CATALOGUE
professeur, si Ton peut appliquer cette épithète à un élève de l'École normale.
La persécution fut petite, et Saint-Martin n'en gémit pas. Il se trouvait à Paris, après son séjour à Petit-Bourg dont nous avons parlé, lorsqu'il fut atteint par le décret du 27 germinal an 11 (1794), qui éloignait les nobles de la ville de Paris. Il se hâta de quitter. Ce fut sans murmure, mais avec le sentiment d'une situation aggravée. Dès le 30 germinal , il écrivit à son ami pour l'informer de son départ.
n Je pars en vertu du décret sur les castes privilégiées et proscrites. Et c'est parmi elles que le sort m'a fait naître. Nous ne parlerons pas d' affaires publiques. Vous savez que je n'en parle pas ordinairement, et c'est moins le moment que jamais, »
Il ne bouda pas et ne fut pas maltraité dans son pays. On l'aimait, on le vénérait à Âraboise. Dès le mois suivant, le 27 floréal de l'an II, il fut chargé de dresser le catalogue des livres et manuscrits tirés des maisons ecclésiastiques de son district supprimées par la loi.
Il aimait peu les livres et les bibliothèques ; il se plaisait à dire des choses sévères à ce sujet ; mais il avait une idée si haute de l'œuvre du temps, de la révolution, qu'il fut heureux de s'y trouver pour quelque chose. Il considérait sa besogne comme une pitié; mais la transformation qui s'accomplissait en France, il la qualifiait de « grand mouvement, ayant un grand but et un grand mobile. » Il s'acquitta donc de sa tâche «comme d'une missron importante et profitable pour son esprit. » Il avait raison. Il y trouva de l'instruction et des « jouissances délicieuses pour son cœur. » Une de ses lettres déborde
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des « joies qu'U a éprouvées en suivant, dans la Vie de la sœur Marguerite du Saint-Sacrement, ce qu'il appelle « les développements magnifiques qu'elle a eus. »
D'ailleurs la manière dont son travail fut apprécié par l'administration locale et par le comité de l'instruction publique lui donna une grande satisfaction et amena pour lui, de la part des autorités de son district, une marque d'estime plus considérable. Il fut choisi par cette administration, et de bons esprits aimeraient à voir rétablir les districts en place des sous-préfectures, pour le candidat qu'elle devait envoyer à l'École normale. Il accepta encore, si singulière que fût cette vocation adressée à un homme de son âge.
Le dévouement de SaintrMartin dans ces deux occasions est peut-être ce qui montre le mieux sa pensée politique. Telles sont la pureté et la fermeté de cette pensée qu'elle flétrit les excès et les violences du jour^ mais s'attache aux principes et au dessein général ; eUe ne se refuse pas l'épigramme même sanglante sur les fautes ou les horreurs , mais elle s'associe au travail « quand il ne s'agit ni de juger les humains ni de les tuer. »
Ce sont là les propres paroles du philosophe.