‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 139 sur 266 · LE PRÉCEPTEUR DU DAUPHI{I · texte numérisé non relu

LE PRÉCEPTEUR DU DAUPHI{I

moi. Et quand je ne détoumerois qu'une seule goutte du poison que cet ennemi cherchera à jeter sur la racine même de cet arbre qui doit couvrir de son ombre tout mon pays, je me croirois coupable de reculer. »

On sent là un souffle descendu sur le prophète du haut de ces régions dont les ordres ne se discutent pas; et de quelque opinion qu'on soit sur les idées elles-mêmes qui inspirent de tels dévouements, ces dévouements, on les respecte et on les admire.

À un autre point de vue on voit avec bonheur Sainte- Martin arriver à un changement dans sa situation. Ni le séjour d'Amboise, ni celui de Chaudon, où il s'était réfugié après la Terreur, ne lui convenait plus. Il se disait ou se croyait le Robinson de la spiritualité, et cet isolement lui pesait : il aspirait à en être le François Xavier, le missionnaire. Il ne pouvait donc rien lui arriver de plus désirable, au sortir de sa besogne bibliographique, qui Tavait tant instruit, que ce qui se présenta tout à coup, un appel au professorat. Une chaire dans le nouvel enseignement qu'on allait donner à la nation, quelle tribune plus favorable pouvait-il souhaiter? Et n'était-il pas juste qu'après avoir été proposé pour l'éducation de l'héritier du trône, il fût employé à celle de la nation, désormais appelée à se gouverner elle-même? En eflet, en 1791 , quand Saint-Martin sortait de Strasbourg, plein d'enthousiasme pour ce qu'il avait vu et appris dans la savante cité, on l'avait porté, avec l'abbé Sieyès, dont les principes politiques lui allaient en partie, et avec Condorcet et Bernardin de Saint- Pierre, dont il détestait les tendances déistes, sur la liste

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