‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 153 sur 266 · BABEL · texte numérisé non relu

BABEL

C'est ce que Saint-Martin n'a pas besoin de dire à son correspondant de Berne, et ce qu'il ne se souciait pas de dire dans sa brochure. Nous ne pouvons que l'approuver pour une réserve qui est de bon goût. Peutêtre les mystiques, qui aiment à être prophètes, à comprendre les signes du présent et à y déchiffrer l'avenir, feront-ils encore mieux de renoncer enfin à tous ces oracles qui ne se lassent pas, mais se discréditent à prédire des fins qui font toujours défaut, y compris celle du monde, si souvent annoncée depuis dix-huit siècles, et toujours ajournée de génération en génération.

Saint-Martin ne parlant que politique fut au contraire vraiment prophète, et il le fut dans un style magnifique quand il s'écria : « La marche imposante de notre majestueuse révolution et les faits éclatants qui la signalent à chaque instant ne permettent qu'aux insensés ou aux hommes de mauvaise foi de n'y pas voir écrite en traits de feu l'exécution d'un décret formel de la Providence.

Quelle sensation cet écrit a-t-il faite? queUe influence a-t-il exercée?

Les amis de l'auteur, madame de Bœcklin à leur tête, accueillirent la brochure avec les plus sincères éloges, et l'auteur, qui avait consacré plusieurs années à la méditer, fut d'accord avec eux du fond du cœur. Mais, ainsi que ses amis, il fallut bien se résigner à voir les grandes affaires du jour absorber l'attention publique. Saint-Martin vit tout aussitôt qu'il ne fallait pas compter sur un grand succès en France ; mais il espérait mieux de l'Allemagne, et demanda à son savant ami de Berne ce qu'il attendrait lui-même d'une traduction. Ce qui explique cette idée, c'est une proposition que son ami

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