‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 177 sur 266 · BARTHÉLÉMY · texte numérisé non relu

BARTHÉLÉMY

C'est là d'ailleurs le moindre de ses soucis. Et en eifet, il saisit ce moment pour renvoyer les dix louis que le baron lui avait adressés dans le temps avec une délicatesse aussi ingénieuse que rare. II voulait môme y ajouter les frais de port, et le spirituel patricien de Berne ne put l'en empêcher qu'en affirmant qu'il n'y avait pas eu de frais, grâce à la courtoisie de l'administration des postes ! En affaire d'argent, Saint-Martin ne comprenait pas la finesse, et il se contenta d'une réplique de Liebisdorf où celui-ci disait que , tant qu'il leur resterait un morceau de pain à deux, ils le partageraient ensemble. Le riche baron, par suite de l'entrée de nos troupes en Suisse , entrée qui fut ce que la guerre est toujours quand même il n'y figure point de Rapinat, était frappé lui-même dans ses intérêts matériels, et plus inquiet de son avenir qu'il ne l'avouait. Mais cette fois, Saint-Martin le devina et prit sa revanche. Il ne lui offrit pas de l'argent, — « étant réduit à la petite semaine, » — mais « deux ou trois pièces d'argenterie qui lui restoient. »

A ces échanges d'une vive et tendre, mais mélancolique sympathie, les deux amis ajoutèrent les viriles consolations de leurs saintes études. Liebisdorf, quoiqu'il désirât recevoir dans ses bras son illustre ami et maître, assura, ce qu'il aimait à croire, que le terrible décret ne serait pas rendu; et Saint-Martin fit de son côté, auprès du personnage de France le plus puissant en Suisse, l'ambassadeur Barthélémy, tout ce qu'il put pour que Liebisdorf fiit ménagé autant que les temps le souffraient. Jamais leurs lettres, souvent si curieuses, même dans les parties qui trahissent les défauts de leur

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