‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 180 sur 266 · LE SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

LE SPIRITUALISME

différents endroits de Bœhme qui renferment là-dessus des magnificences. » Renouer même à ce que présentait son auteur favori, c'était évidemment aller trop loin.

Ce n'est pas tout ; Saint-Martin nous apprend avec une naïveté charmante qu'il croyait les membres de la seconde classe de l'Institut trop peu initiés aux grands problèmes pour vouloir les en embarrasser.

« Je n'ai eu en vue que nos simples docteurs académiques^ et il ne faut pas que je les sorte trop de leur sphère : ils ne m'entendroient pas. »

Cela ne parait pas étrange, seulement cela parait hautain. Qu'on ne s'y trompe pas, toutefois. SaintrMartin ne veut pas dire que l'Institut n'eût pas alors de métaphysiciens pour les questions supérieures , il veut dire seulement qu'il s'est abstenu de leur exposer les grands principes de son spiritualisme mystique. Mais quand même les académiciens du jour ne se seraient pas prêtés à son point de vue, du moment où il avait mission de le dire, et telle était sa foi souvent professée, il ne fallait pas hésiter à l'émettre. L'Institut n'est un foyer complètement éclairé qu'autant qu'il est ouvert à tous les rayons de lumière qui s'abaissent sur la terre, de quelque part qu'ils viennent.

Il est vrai que le spiritualisme mystique, qui n'a jamais régné dans aucune Académie, n'était pas en grande faveur à l'Institut en ce temps-là. Mais si Saint-Martin, se mettant sciemment à un autre point de vue que celui de ses juges, fut parfaitement dans son droit, il ne le fut plus en se mettant aussi à un autre point de vue que celui de la science pure. C'est en choisissant ce dernier, que le jeune soldat qui remporta le prix montra son bon

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esprit. Aussi il s'ouvrit par ce travail, suivi de plus considérables, les portes de Tlostitut, celles de l'École de droit, celles du Conseil d'État, celles de la Chambre des pairs et bien d'autres. M. de Gérando, partout aimé pour ce bon esprit admirablement relevé par un bon cœur, j'allais ajouter même par ses bonnes œuvres, fut bientôt aimé et estimé de Saint-Martin, qu'il avait vaincu, comme de tout le monde. On peut regretter que le jeune lauréat se contint lui-même, sans nul effort d'ailleurs, dans le simple empirisme de Locke et de Condillac, pour la solution d'une question si belle et qui est presque toute la philosophie; mais bientôt, chacun le sait, de Gérando marcha avec Royer-Collard, Maine de Biran et Saint-Martin lui-môme, sans parler d'un illustre vivant qui, plus jeune que lui, ne pouvant le diriger que par de sérieuses critiques, lui prodigua celles-ci et l'aida à devenir un des spiritualistes les plus sincères.

Disons, d'ailleurs, que SainV-Martin, qui ne fut pas jaloux de la couronne placée sur une noble tête, traita lui-même le sujet avec une remarquable profondeur, avec mie grande richesse d'aperçus peu communs, et parfois avec un rare bonheur d*expression.

Dès le début, et à propos de la juste distinction des signes de la pensée en naturels et en artificiels, ou conventionnels, il signale avec fermeté le privilège de rhomme d'imposer à son gré un sens et une idée aux objets quelconques.

.ce C'est, dit-il, un de nos droits éminents. Il y a un commerce de signes parmi plusieurs classes d'animaux ; mais leurs signes sont d'une nature très-servile et leur commerce est très-limité. Nous ne pouvons

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