‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 205 sur 266 · AUMAY · texte numérisé non relu

AUMAY

Laroche possédait à Aùnay, cette channante retraite que le grave penseur avait tant aimée et si souvent visitée.

Ce fut un coup d'apoplexie qui mit une douce fin à cette douce existence, laissant au pieux philosophe quelques moments pour prier et pour adresser de touchantes paroles à ses amis accourus. Il les pressa de vivre dans Tunion fraternelle et dans la confiance en Dieu. C'est en prononçant ces paroles, religieusement recueillies par M. Gence, et empreintes d'un certain cachet de fraternité mystique, que s'endormit l'homme éminent que M. de Maistre appelle le plus instruit, le .plus sage et le plus élégant des théosophes. Sa carrière pouvait se clore. 11 avait vu les plus grandes choses qu'on puisse voir en aucun temps; il avait passé, &me forte et sereine, par de rudes épreuves et avait accompli de notables travaux. Ni la gloire du monde, ni la fortune n'avait salué sa vie; et à ses yeux elles ne l'eussent pas même embellie ; mais il avait goûté les plus douces et les plus profondes de toutes les jouissances : aimé de Dieu et des hommes, il avait beaucoup aimé lui-même et beaucoup plus espéré de l'avenir que du présent.

« Ce n'est point à l'audience, dit-il supérieurement, que les défenseurs officieux reçoivent le salaire des causes qu'ils plaident, c'est hors de l'audience et après qu'elle est finie. Telle est mon histoire, et telle est aussi ma résignation de n'être pas payé dans ce bas monde. »

C'est un des beaux traits de sa foi d'avoir aimé son œuvre pour elle-même. Il n'a compté sur rien dans ce monde. Il se savait si bien uni à Diçu que sa récompense était ailleurs. Dans sa dernière note sur sa vie, qui doit avoir été écrite peu de jours avant sa mort, il

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dit, à propos des frères Moraves, sur lesquels on lui avait envoyé une note (elle était de Salzmann) :

« L'unité ne se trouve guère dans les associations ; elle ne se trouve que dans notre jonction individuelle avec Dieu, »

Et maintenant que nous avons terminé cette esquisse, où il a été question surtout de la vie extérieure de cet homme éminent, de ses études, de ses recherches, de ses aspirations, de ses expériences, de ses travaux, de ses relations et de ses affections, il nous reste à tenter encore un essai plus délicat : une investigation sur sa vie intérieure, plus importante que la vie dans le monde ou l'œuvre d'un homme, quel qu'il soit.

En effet, ce qui fait pour nous-même l'intérêt essentiel et le grand enseignement de cette vie , ce ne sont pas les quelques faits de biographie que nous sommes parvenu à rassembler ou à coordonner, c'est ce qu'elle fournit à une solution ferme et nette de cette question, qui est complexe : Quelle est la valeur réelle des dons et la légitimité positive des moyens extraordinaires que le mysticisme offre à l'éducation éthique de l'homme ; et quelle est la valeur réelle de la spéculation transcendante : est-elle une ressource ou un obstacle dans la vie du mystique ?

C'est dans le développement moral auquel il est arrivé qu'est la grande leçon que nous offre encore aujourd'hui ia vie de Claude de Saint-Martin , et qu'elle offrira tant qu'il y aura dans ce monde un être intelligent qui fera, de ridéale pureté du sentiment et de la pensée, la sérieuse affaire de son existence.

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