LE MATÉRIALISME
* celui de ses dédains. C'est dans la sphère supérieure qu'il se porte et se meut; et s'il est à la fin si mécontent de Swedenborg , c'est précisément par la raison que le confiant visionnaire possède la science des âmes plutôt que celle des esprits.
Je crois qu'il ne parlerait pas mieux des visions de son condisciple Fournie, s'il en parlait, et j'ai déjà fait remarquer combien il est médiocre partisan des mamfestatiom d'une de ses meilleures amies, la marquise de la Croix. 11 détourne très-expressément la duchesse de Bourbon, qui s'attachait aux clairvoyances des somnambules, de tout ce qui est phénomène sensible. U ne nie ni les manifestations, ni les visions en général; mais il s'élève contre la crédule confusion de toutes les unes avec les autres. Loin de là, il les classe et les distingue. Le baron de Liebisdorf, qui est comme tout le monde, qui voudrait voir et qui aspire toujours de nouveau à une connaissance physique de Dieu lui-même, a beau revenir à la charge pour lui arracher une concession qui permette à son matérialisme d'espérer quelque chose de semblable, Saint-Martin ne cède pas. U sait que la tradition mystique veut depuis les néoplatoniciens, Plotin à leur tête, qu'on ait vu Dieu. Et comme il ne se croit pas le moins du monde un chef éminent ou favorisé, comme il né se croit pas digne de nouer les cordons de la chaussure de Bœhme, qui s'attribue trois grandes visions dans sa vie, il ne nie rien à ce sujet. Mais s'il s'abstient, ce n'est pas qu'il hésite. Au contraire, il est pour son compte plein de respect pour cette parole sainte plus d'une fois répétée dans le Penlateuque : « Nul ne peut voir Dieu et vivre, » Il
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repousse à ce sujet toute question nouvelle, et non sans quelque impatience , en termes propres à mettre 6n à toutes ces interpellations indiscrètes qui révèlent encore plus d'ignorance que de curiosité. Il répète à son ami que c'est spirituellement et non pas physiquement qu'il faut jouir des ravissements de la présence de Dieu.
Le baron lui a cité les manifestations obtenues à l'école du Nord. J'ai déjà dit, au sujet du voyage de Londres, le peu de cas que faisait Saint-Martin de cette école. Je ferai voir ici comment il la combat.
« Je crois, écrit -il (lettre du 26 janvier 1794), que celui qui reçoit des communications externes et gratuites comme à Copenhague , peut bien n'être pas trompé, mais je n'ai aucun moyen d'assurer la chose. Ceux de Copenhague me paraissent ne pas avoir des preuves suffisantes pour justifier leur confiance :
« 1® Je ne les crois pas élus au premier degré cidessus, sans quoi ils n'auroient pas d'incertitudes, et n'auroient pas besoin de faire des questions.
<c 2** Je les vois passifs dans leur œuvre , je les vois opérés, et non pas opérants; et ainsi n'ayant pas l'active virtualité nécessaire pour lier le fort, afin de piller la maison -du fort et la mettre en état de propreté convenable pour n'y loger que d'honnêtes gens.
« 3** Les réponses qu'ils reçoivent quand ils demandent : Es-tu la cause active et intelligente , ne me prouvent rien, car l'ennemi peut tout imiter, jusqu'à nos prières, comme je l'ai dit dans Y Homme de désir ^ et c'est au discernement de ces terribles imitations que conduit l'usage et la pratique des vraies opérations théurgiques, quand toutefois on ne se porte pas de