‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 213 sur 266 · LA RÉGION ASTRALE · texte numérisé non relu

LA RÉGION ASTRALE

mettent-ils en garde à Tégard de la divulgation, et ne sont-ils à leur aise qu'entre initiés d'une sérieuse discrétion.

Saint-Martin, quoique initié parlant à des initiés, à son adepte de Berne par exemple, est à ce sujet d'une telle réserve qu'on serait souvent tenté de le mettre, sinon au nombre des exclus, du moins au nombre de ceux qui se tiennent sur la frontière par voie de prudence et afin de pouvoir se retirer sur un terrain sûr en cas de besoin. Mais s'il se recueille avec soin, il croit avec fermeté. Il admet parfaitement des Puissances ou des Vertus qui nous assistent ; il choisit les siennes et il se met en garde contre leurs voisins, qui ne sont ni aussi purs ni aussi bienveillants. Il se défie beaucoup de certaines régions du monde spirituel et de certaines classes d'esprits qu'il y distingue ; mais il croit si bien à leur pouvoir qu'il s'en alarme et qu'il fuit leur contact avec une sorte d'horreur. Ce n'est pas là du scepticisme, ce n'est que de la vigilance.

De plus, sa foi ne se borne pas à des influences invisibles, occultes. Il croit à des communications sensibles et très-diverses, d'autant plus variées qu'il admet des catégories ou des classes plus nombreuses, des classes qui se combattent ou du moins se disputent l'influence qu'elles exercent sur les honmies.

Voici sa théorie.

Par notre origine nous sommes, ou du moins à notre origine nous étions supérieurs à la région du firmament, à la région astrale et aux esprits qui la gouvernent. Nous ne le sommes plus. Depuis la chute du premier homme nous sommes devenus inférieurs à cette

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région et nous sommes lombes sous rinfluence de ceux qui la dominent.

Je ne m'arrête pas pour dire combien celte théorie est différente de Tidée fondamentale du gnosticisme avec laquelle on aime à la confondre. D'après la science secrète des gnostiques, l'homme n'étant que l'œuvre^, la créature des esprits qui l'ont fait à l'insu du Dieu suprême, leur est subordonné par son origine même; et s'il a mille raisons de vouloir s'affranchir de leur règne, il n'a pas, du moins, celle d'y aspirer au nom de ses rapports primitifs. La théorie de Saint-Martin est autre : plus flatteuse pour l'homme, elle lui donne le droit d'être très-dédaigneux pour les pratiques de la théurgie.

Ceux qui se plaisent dans l'état où l'âme est tombée, dit-il, et qui ne savent pas le chemin de la sphère supérieure à laquelle nous appartenons de droit primitif, acceptent l'empire des intelligences astrales et se mettent en rapport avec elles. C'est la grande aberration de ceux qui pratiquent la magie , la théurgie , la nécromancie et le magnétisme artificiel. Tout n'est pas erreur ou mensonge dans ces pratiques; mais il faut se défier de tout, car tout se passe dans une région où le bien et le mal sont mêlés et confondus.

Écoutons à ce sujet une belle lettre, écrite en 1797, au retour de Saint-Martin d'une excursion à Petit-Bourg et à Champlàtreux , et attestant des modifications profondes qui ont eu lieu dans les croyances du théosophe. Son peu discret adepte l'ayant de nouveau assailli de toute une série de questions brûlantes, il lui dit :

tt Je vous répondrai sur les différents points que vous m'engagez à éclaircir dans mes nouvelles entreprises.

l'imitiâtiom centrale. 357

La plupart de ces points tiennent précisément à ces initiations par où j'ai passé dans ma première école, et que j'ai laissées depuis longtemps pour me livrer à la seule initiation qui soit vraiment selon mon cœur.

« Si j'ai parlé de ces points dans mes anciens écrits, c'a été dans la verdeur de ma jeunesse et par l'empire qu'avoit pris sur moi l'habitude journalière de les voir traiter et préconiser par mes maîtres et mes compagnons ; mais je pourrai moins que jamais pousser loin aujourd'hui quelqu'un sur cet article, vu que je m'en détourne de plus en plus. En outre, il seroit de la dernière inutilité pour le public, qui, en effet, dans de simples écrits, ne pourroit recevoir là-dessus des lumières suffisantes....

« Ces sortes de clartés doivent appartenir à ceux qui sont appelés directement à en faire usage, par l'ordre de Dieu et pour la manifestation de sa gloire. Et quand ils y sont appelés de cette manière, il n'y a pas à s'inquiéter de leur instruction, car ils reçoivent alors, sans sans aucune obscurité , mille fois plus de notions , et des notions mille fois plus sûres que celles qu'un simple amateur comme moi pourroit leur donner sur toutes ces bases. (Saint-Martin entend parler ici des fondateurs de religions, des prophètes et des apôtres.)

« En vouloir parler à d'autres, et surtout au public, c'est vouloir en pure perte stimuler une vaine curiosité eUravailler plutôt pour la gloriole de l'écrivain que pour l'utilité du lecteur. Or, si j'ai eu des torts en ce genre dans mes (anciens) écrits, j'en aurois davantage si je voulois persister à marcher de ce môme pied. Ainsi, mes nouveaux écrits parleront beaucoup de cette initiation

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• centrale qui, par notre union avec Dieu, peut nous apprendre tout ce que nous devons savoir, et fort peu de Tanatomie descriptive de ces points délicats sur lesquels vous désireriez que je portasse ma vue.

ce Sur le moyen de la plus prompte union de notre volonté avec Dieu, je vous dirai que cette union est une œuvre qui ne peut se faire que par la ferme et constante résolution de ceux qui la désirent; qu'il n'y a autre moyen sur cela que l'usage persévérant d'une volonté pure nourrie par les œuvres et la pratique de toutes les vertus, engraissée {sic) par la prière , pour que la grâce divine vienne aider notre foiblesse et nous amener au terme de notre régénération.

c( Sur cet article, vous voyez que ce que je pourrai dire au public n'auroit sûrement pas plus de crédit que n'en a eu la parole divine.

tt Sur l'union du modèle à la copie, je vous dirai que dans les opérations spirituelles de tout genre, cet effet doit vous paroi tre naturel et possible, puisque les images ayant des rapports avec leurs modèles doivent toujours tendre à s'en approcher. C'est par cette voie que marchent toutes les opérations théurgiques où s'emploient les noms des esprits, leurs signes, leurs caractères; toutes choses qui peuvent être données par eux, peuvent avoir des rapports entre eux. »

On voit encore une fois, par ce qui précède et par ce qui suit, que Saint-Martin ne condamne pas la théuiçie en général, qu'il a la sienne, et qu'il ne condamne que celle qui s'attache aux Puissances de la région astrale.

« Quant à votre question sur l'aspect de la lumière ou de la flamme élémentaire pour obtenir les vertus qui lui

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servent de modèle, vous devez voir qu'elle rentre absolument dans la théurgie, surtout dans le théurgique qui emploie la nature élémentaire , et comme telle je la crois inutile et étrangère à notre véritable théurgisme, où il ne faut d'autre flamme que celle de notre désir, d'autre lumière que celle de notre pureté,

« Cela n'interdit pas néanmoins les connoîssances très-profondes que vous pouvez puiser dans Bœhme, sur le feu et ses correspondances. Il y a (là) de quoi vous payer de vos spéculations. »

Quelle fermeté et quelle raison ! Je ne dirai pas quel sublime dédain Je dirai quelle gracieuse indulgence ! Dans un homme, d'ailleurs si croyant, on aime à voir un jugement aussi net et une patience aussi charitable.

Cela dit parfaitement pourquoi Saint-Martin ne pratique aucune de ces opérations théurgiques si prisées dans l'école de Bordeaux. Sans les condamner toutes, il témoigne pour toutes une sincère répugnance, et sans se séparer de ceux qui s'y livrent, il recommande sans cesse à ses amis et à ses disciples de s'en défier. Il les presse d'aller plus haut, dans la région pure, celle du Verbe, de ses Agents et de ses Vertus. Tout ce qui se passe dans l'ordre sensible ou physique l'émeut péniblement et choque sa raison. Spiritualiste en tout, il n'est matérialiste à aucun point de vue. Il ne veut pas même du matérialisme « pour son laquais. »

Entre son commerce avec le monde spirituel et celui qui se faisait jour ou se pratiquait avec enthousiasme ailleurs, il y avait un véritable abime. Le commerce avec les âmes des trépassés retenues dans les régions astrales n'est pas l'objet de ses craintes seulement, il est

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