‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 220 sur 266 · LE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

LE PHYSIQUE

qu'ils essayeraient eux-mêmes de la démontrer à leurs adversaires. La plupart d'entre eux étant médiocrement psychologues, c'est une bonne fortune pour la science que de rencontrer à leur tête des penseurs aussi fins et aussi profonds que Saint-Martin, des penseurs à la fois aussi avancés dans cette voie, et aussi sincères sur ses phénomènes. Car, s'il y a quelqu'un qui puisse mériter notre confiance à ce sujet, ce doit être un juge aussi droit et aussi expérimenté.

Et rien de plus piquant que la vie et la doctrine de Saint-Martin, prises à ce point de vue.

Saint-Martin ne s'attribue pas plus une extase ou un ravissement qui l'ait transporté hors du monde sensible et l'ait mis en face de Dieu, qu'il ne se vante d'une apparition, d'une vision ou d'une manifestation qui lui soit arrivée de la part d'un esprit quelconque habitant le monde supérieur. Mais entre sa discrétion et la négation de ces faits, il y a pour lui un espace infini.

Jusqu'où sa pensée s'est-elle portée? où s'est-elle arrêtée ?

C'est ce qu'il ne dit pas. Forcé dans ses retranchements par son impétueux adepte, il se borne à dire : « J'ai eu du physique aussi, » c'est-à-dire des manifestations ou des visions. Dans une autre occasion, quand le même lui fait l'étalage des inefTables jouissances d'un mystique d'Allemagne, il se borne à dire que lui aussi a connu celles d'une union céleste. Comme théorie, il n'expose rien, il prêche Ja modération et la critique ; mais il se garde de la négation. Loin de là, le fond de sa doctrine est précisément cette théorie de la réintégration de l'univers et de tous les êtres qu'il a reçue de

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dom Martinez^ dont il transmet à ses disciples les riches développements avec une éloquence si chaleureuse, et qui nous doit replacer dans l'union intime, dans la communication sensible avec le monde spirituel. Cette réintégration, c'est le mandat de sa mission, l'œuvre de sa vie. C'est le ministère de tout homme-esprit; et pour l'accomplir tout homme-esprit doit se faire instruire c'est-à-dire initier à la doctrine de* l'école. Or, ce n'est pas pour ne pas jouir de ses fruits qu'on doit passer par l'œuvre de la réintégration. Au contraire, ces fruits nous sont assurés dans l'union avec Dieu par le Verbe et par son corps céleste , la divine vierge Sophia. Car cette union, aux yeux de Saint-Martin aussi , est une source de saints ravissements et d'ineffables extases. Seulement, pour lui ces états n'ont rien de physique , rien de matériel, et cette source de joies spirituelles est essentiellement permanente. Il n'y a là rien de miraculeux, rien d'extraordinaire; tout y est normal, au contraire; tout y est de l'ordre éternel des choses intérieures. La modification que veut Saint-Martin dans le mysticisme vulgaire est profonde. Rien de plus explicite à ce sujet que la manière dont il redresse la crédule impétuosité de son ami Liebisdorf. On avait dit à ce dernier que le comte d'Hauterive quittait son enveloppe terrestre pour s'élever dans les régions célestes et y jouir de la présence du Verbe. Il veut savoir ce qui en est, et il écrit à Saint-Martin :

« En supposant que la personne qui m'a parlé du procédé de M. de Hauterive, m'aye dit vrai, ce procédé par lequel il se dépouille de son enveloppe corporelle pour jouir de la présence physique de la Cause active et

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