LE SENSIBLE
imprimés, dans sa correspondance inédite. Des disciples aussi enthousiastes que lui et son ami ont pu espérer, sinon enseigner, à l'imitation de Bœhme et de Gichtel, des influences puissantes de la part du monde spirituel même sur le corps, des modifications considérables dans les facultés physiques. Ils ont dû, pour être conséquents avec eux-mêmes, attribuer à l'union de l'âme avec la céleste Sophie, et à la présence constante en nous du Verbe divin dont elle est comme le corps spirituel, des effets correspondants à cette union sur la personne tout entière de l'homme. On doit ise refuser, toutefois, à toute induction de ce genre, si autorisée qu'elle paraisse, en face des déclarations si précises qu'on trouvç dans les lettres de Saint-Martin et de Liebisdorf. Pour le premier, cela est tout simple, sa nature est essentiellement spiritualiste ; pour le second, le fait est plus remarquable. Avec son penchant à tout matériaUser, avec son désir de voir et avec ses aspirations à la jouissance du sensible visible, Liebisdorf était un adepte difficile à convertir au spiritualisme véritable. Et pourtant il lui a bien fallu se rendre. 11 ne se rendit qu'en désespoir de cause, et après avoir défendu son point de vue pied à pied. Mais il se rendit si bien, qu'à l'instar de son maître il finit par faire peu de cas, lui aussi, des choses extérieures, des communications reçues d'autrui, des traditions transmises, de tout ce qui a tant de prix aux yeux du vulgaire.
Dans leur doctrine dernière, enfin devenue commune à tous deux, c'est Dieu qui produit en nous toutes les véritables manifestations. — « Rien ne peut nous * être transmis véritablement par aucun moyen hmnain , si
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l'Esprit, la Parde (le Logos) et le Père ne se créent en nous. Voilà une vérité fondamentale. »
Tel est leur Credo suprême formulé dans une des plus belles lettres de Saint-Martin. Mais, adepte et maître, avant d'en venir à ce degré, ils en ont franchi bien d'autres ; et si jamais cet intérieur s'était dévoilé tout entier au regard d'un biographe, il y aurait vu, sans nul doute, de grandes leçons.