‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 233 sur 266 · LA COCHONNE · texte numérisé non relu

LA COCHONNE

ment de son esprit par un maître très-savant de Tordre humain , soit même du degré le plus élevé , qu'il attribue son état d'illumination , c'est à une véritable élévation au-dessus de ce niveau ; et si ce n'est pas à une entièFe transformation de ses facultés, c'est du moins à un enseignement donné par un maître divin. Encore n'admet-il pas que chacun veiTait dans les écrits de ce maître ce qu'il lui a été donné d'y trouver.

Car, remarquons-le bien, il y a là plus que ce qu un homme donne à un autre homme, et nous y touchons à un point essentiel de la doctrine. Aucun homme ne nous donne rien , l'initiation ne donne rien : car les hommes ne se donnent rien. Tout vient de Dieu, et rien n'est forcé ou arraché par nous, tout nous est donné. La Sagesse^ Sophia, Dieu lui-même, ne viennent demeurer en nous qu'à mesure que nous sommes dignes d'être leur demeure et d'avoir leur présence , mais leur présence est une pure grâce.

C'est, si je ne me trompe, à cette présence qui est vie, force et lumière divine, que Saint-Martin donne les noms les plus doux et les plus magnifiques : il l'appelle le sensible intérieur ^ tant que nous en sommes au début, et le signe de notre royauté ou la couronne^ dès que nous sommes en pleine possession.

Le dernier terme doit nous arrêter un instant. Saint- Martin parle, dans une de ses lettres à Liebisdorf, d'une personne qu'il laisse deviner aisément, qui est parvenue à la couronne. A ce mot, son disciple, qui à son tour vantait beaucoup les jouissances, disons mieux, les délices même que lui donnait le sensible visible (car on n'est pas plus enclin au sensualisme que cet adepte, je

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lai déjà fait remarquer), à ce mot, dis-je, le disciple vient tout aussitôt assaillir le maître de questions bien diverses.

« Parlez-moi souvent, je vous en prie, de cette personne et de son état; le sensible intérieur a-t-il d'abord, et dès les années de son premier développement, été accompagné du sensible visible ? Dites-moi aussi , s'il vous plaît, comment cette personne est arrivée à cette couronne. L'origine était sans doute Fanéantissement. Ce néant, n'a-t-il pas été conduit dans la représentation du plaisir attaché à la vue intérieure? De cette représentation, il n'y a qu'un pas à vouloir jouir de ce plaisir; ce vouloir aura produit des désirs, et les désirs auront produit des formes. Tout cela mérite non-seulement l'attention de ceux qui réfléchissent sur cette matière, mais encore la reconnaisssance de la personne qui jouit de cette faveur. »

Les réponses les plus sensées, et surtout celles qui sont légitimement évasives, ne réduisent pas le questionneur au silence, pas même à la discrétion. Il revient sur le même sujet, le iO octobre de la même année.

« Ce que vous m'avez mandé de la couronne a laissé des traces chez moi et m'a fait naître le désir d'apprendre par quel chemin la personne dont vous me parlez est parvenue à la possession de ce trésor. Était-ce la volonté forte et permanente d'obtenir cet avantage, ou l'abandon sans volonté distincte qui le lui a procuré?»

Cette fois Saint-Martin répond catégoriquement :

i( Vous revenez sur l'origine de la couronne. Ce n'est point la volonté forte d'obtenir, car sûrement la personne ne savoit pas seulement que cette couronne existât ; je ne dirai pas non plus que ce soit par l'abandon

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