‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 254 sur 266 · LE MÉPBIS DES LUMIÈRES · texte numérisé non relu

LE MÉPBIS DES LUMIÈRES

graves. Le mépris des lumières rationnelles, qui sont nos guides les plus personnels et les plus légitimes, se punit rigoureusement dans la destinée spéculative ou pratique de l'âme ; et nous devons reconnaître cette vindicte suprême dans la destinée du philosophe. On aurait tort de vouloir se dissimuler cette faute par une sorte de culte pour Saint-Martin et ses tendances. Si nos jugemen ts sont volontiers sévères pour l'incrédulité et l'athéisme , que nous soupçonnons aisément de trahir la morale, ne nous montrons pas faciles pour la superstition et la crédulité. Ces excès sont aussi gros de violente intolérance et d'exclusive barbarie les uns que les autres. Mais tenons compte au jeune lieutenant d'infanterie de l'ardeur sérieuse qu'il apporte à la recherche des choses supérieures, et honorons la consécration empressée qu'il fait de toutes ses facultés à cette grande recherche.

Tenons-lui compte surtout du bon esprit avec lequel il échappe bientôt à la théurgie et à la magie, aux opérations et aux mystères des sociétés secrètes les moins dignes de l'enchaîner; de l'énergique indépendance avec laquelle il passe à la méditation et à l'étude d'ouvrages trop mystiques encore, il est vrai, mais du moins connus et avouables. Oh ! sans doute, nous aimerions encore mieux qu'au lieu d'aller seulement de Martinez et de Swedenborg à Jacques Bœhme, il fût retourné à Descartes et à Bacon, ses premiers amis, ou du moins à Malebranche et à Fénelon , des guides plus sûrs que ceux qu'il chercha si loin, et qui continuaient mieux en lui l'œuvre commencée au collège avec Abbadie ; mais n'exigeons pas d'un mystique de n'être plus lui-même,

et ne nions pas les attraits sérieux que présentent l'élé-

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