LE CULTE
valion et la profondeur des spéculations théologiques ou cosmologiques de Bœhme. Malgré toutes les erreurs de science et de raisonnement , toutes les obscurités de pensée et les étrangetés de style où ses spéculations sont enveloppées, elles plaisent encore de nos jours aux plus grandes écoles de l'Allemagne, à celles de Schelling,de Baader et de M. Feuerbach, c'est-à-dire aux plus indépendantes qui se conçoivent. Et puisque l'un des plus savants des trois philosophes que nous venons de nommer, M. de Baader, va dans son enthousiasme pour le ihéosophe de Gœrlitz jusqu'à commenter à son tour les écrits de Saint-Martin .qui le commente, le théosophe d'Amboise doit paraître justifié, môme aux yeux des délicats, de s'être fait le traducteur de Bœhme. Ajoutons, pour les plus difficiles, que dans la situation où se trouvaient alors nos écoles et nos doctrines, un dogmatisme aussi plein de vues originales et^ invitant à de profondes méditations apparaissait parmi nous comme une puissance salutaire. Quand on considère tous les sacrifices que s'imposa le noble traducteur pour pouvoir imprimer son travail malgré ses faibles revenus, on ne saurait trop admirer ce rare dévouement à une cause délaissée ; et, ne le contestons pas, c'est un mérite réel de la part de Saint-Martin de nous avoir offert, dans une version en tout cas plus lucide que l'original, les brillantes spéculations du plus grand des mystiques modernes. Sa traduction, il est vrai, n'eut pas un grand succès; mais le succès n'y fait rien, la moralité est ailleurs, et la preuve que Bœhme traduit attira l'attention de quelques-uns de nos maîtres en philosophie est dans les textes de Maine de Biran, qui est un type de moralité religieuse
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