LA PROPAGANDE
les cas mille choses à dire à son tour. En effet, sa mission de propagande doit s'être révélée à lui-même de bonne heure; car elle éclate dans tout ce qu'il écrit, dans sa correspondance et dans ses notes sur sa vie, comme dans ses premiers ouvrages. Parler au public, c'est son saint mandat d'en haut, comme d'agir au nom de ses principes est sa vraie tâche dans le mo^de.
Soit désir de rejoindre son maître, soit antipathie prononcée pour une carrière qui n'allait pas à son goût, il quitta le régiment dès 1771 .
Était-ce pour se consacrer tout entier à ses études favorites, ou plutôt pour mieux faire sa propagande?
Ce qui est hors de doute, c'est que la résolution de ne plus dépendre que de lui-même et de donner sa vie à sa grande affaire, sous les deux formes de la recherche et de la*propagande, peut seule expliquer un changement de carrière que ni son père, ni le duc de Choiseul ne devaient apprécier au même point de vue que lui. C'était, en effet, de la part d'un homme si jeune et de si peu de fortune, une démarche très-grave. 11 n'en résulta toutefois aucun refroidissement sérieux entre le père et le fils, ni aucun regret pour le dernier, qui avait besoin, dans l'intérêt de ses principes aussi, d'une indépendance plus complète que ne l'est celle d'un militaire. Du moins, pourvoir dès à présent en leur vrai jour ses idées et sa conduite politiques souvent si mal appréciées, on doit remarquer que sa retraite du service coïncida avec le renvoi des quatorze parlements du royaume par le ministère Maupeou. Si ces deux faits ne semblent avoir aucune connexité au premier aspect, il est à constater
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cependant, qu'à partir de ce moment la pensée et la conduite de Saint-Martin cessèrent d'être dynastiques et se montrèrent nationales dans toutes les circonstances les plus graves.
Où alla-t-il en quittant le régiment ? Fut-ce à Amboise, à Lyon ou à Paris ?
J'induis d'un passage de sou Portrait qu'il fut d'abord à Paris. Du moins, il y eut des liaisons dès 1771. Et bientôt ses liaisons y furent nombreuses. Martinez y avait des disciples : le comte d'Hauterive, l'abbé Fournie, Cazotte, la marquise de Lacroix. Quelques-uns des adeptes du maître devinrent les amis de l'élève. La marquise de Lacroix et le comte d'Hauterive furent au nombre des premières amitiés de Saint-Martin. Mais il s'en fit beaucoup d'autres ; il en eut plus que son maître ; il les eut dans un monde différent et en eut surtout parmi les femmes. Ajoutons tout de suite qu'il en eut trop et de trop vives.
Mais suivons d'abord, et pour un instant, le maître lui-même. Que fit-il à Paris?
La méthode et les voies d'ensemble d'un fondateur -d'écoles secrètes varient nécessairement selon les lieux et les circonstances où il se trouve. Nous avons tout à l'heure exprimé le regret de n'avoir qu'un seul texte, celui de Saint-Martin, pour apprécier les pratiques de Martinez à Bordeaux, et même un texte qui ne donne pas de détails, si riche qu'il soit pour nos inductions générales. Nous sommes dans la même situation en ce qui concerne les Opérations de Martinez à Paris, pour nous servir d'un terme qu'il affectionne. Un seul de ses disciples nous donne quelque chose, et ses renseigne-