VISIONS
sans jamais forcer personne à les croire sous peine de damnation, sans imposer d'autres commandements que ceux de Dieu, sans imputer d'autres péchés que ceux qui sont expressément contraires à la loi de Dieu, et nous laissant bien souvent en suspens, s'il était vrai ou faux, bon ou mauvais, ange de lumière ou démon. Cette incertitude me brûlait si fort en dedans que, nuit et jour, je criais vers Dieu, pour que, s'il existait réellement, il vint me secourir. Mais plus je me réclamais à Dieu, plus je me trouvais enfermé dans l'abime, et je n'entendais pour toute réponse intérieure que ces idées désolantes : il n'y a pas de Dieu, il n'y a pas d'autre vie ; il n'y a que mort et néant. Ne me trouvant entouré que de ces idées, qui me brûlaient de plus en plus fort, je criais encore plus ardemment vers Dieu et sans discontinuer, ne dormant presque plus, et lisant les Écritures avec une grande attention, sans jamais chercher à les entendre par moi-même. De temps en temps il arrivait que je recevais d'en haut quelques lumières et des rayons d'intelligence; mais tout cela disparaissait avec la vitesse d'un éclair. D'autres fois, mais rarement, j'avais des visions, et je croyais que M. de Pasquallys avait quelque secret pour faire passer ces visions devant moi, quoique néanmoins elles se réalisassent, peu de jours après, telles que je les avais Vues. »
L'initiation avait donc donné au simple clerc des lumières d'en haut ou des rayons d'intelligence dès l'abord. Puis il en était venu jusqu'à des visions. Au début, ces visions ne méritaient pas bien ce nom : ce n'étaient que des éclairs. Elles passaient vite, trop vite à son gré. Il eût désiré les garder plus longtemps, mais
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il n'avait pas ce pouvoir. Bientôt elles se dessinèrent plus nettement, «i nettement qu'elles Fincommodaient. Il eût même désiré alors que son maître Ten délivrât. C'étaient pourtant de véritables avertissements, puisqu'elles se réalisaient quelques jours après.
On n'est pas néanmoins plus raisonnable que ne le fut l'heureux visionnaire. Il était bien décidé à ne pas aller trop loin dans ce monde inconnu où il est si difficile de prendre pied. Il ne voulait y avancer qu'à bon escient, afin de pouvoir s'en retirer, dans le cas où il y ferait de fâcheuses rencontres. Mais il ne put ou ne voulut cependant pas empêcher son maître de le pousser en avant, et, au lieu d'avoû* de simples visions sur ce qui devait arriver, l'abbé Fournie eut bientôt des apparitions. Qu'advint-il?
c( Je vécus ainsi plus de cinq ans dans de fatigantes incertitudes mêlées de grandes agitations^ toujours dé*sirant que Dieu fût, et d'échapper moi-même au néant, mais toujours enfoncé dans un abime ténébreux, et ne me voyant entouré que de l'opposé de la réalité de l'existence de Dieu et conséquemment de l'autre vie ; de sorte que j'étais tourmenté à l'extrême, et comme brûlé par mon désir de Dieu et par la contradiction de ce désir.
a Enfin, un jour que j'étais prosterné dans ma chambre criant à Dieu de me secourir, vers les dix heures du soir, j'entendis tout à coup la voix de M. de Pasquallys, mon directeur, qui était corporellement mort depuis plus' de deux ans, et qui parlait distinctement en dehors de ma chambre, dont la porte était fermée, ainsi que les fenêtres et les volets. Je regarde du côté d'où