‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 40 sur 266 · FOURNIE · texte numérisé non relu

FOURNIE

peu d'instruction lui a fait tort, mais cela même ajoute à l'intérêt qu'inspire l'exposé de sa doctrine.

J'ajoute, pour compléter ce que j'avais à dire sur son compte, qu'en 1819, il avait •quatre-\ingt-un ans. Il était tlonc né vers 1738 et avait soixante-trois ans, l'âge de la complète maturité, quand il publia son Traité en 1801. Il l'avait rédigé au moins vingt ans auparavant, à l'âge de quarante-trois ans. 11 dit lui-même: Il y a vingt-cinq ans. Mais il se trompe un peu. Un instant auparavant, il donne la vraie date, en se rattachant à un fait très-facile à préciser pour lui, la mort de dom Martinez, arrivée, dit-il, depuis plus de deux ans. Cela indiquerait les années 1780 ou 1781 , 1 époque où son condisciple Saint-Martin écrivait son Tableau naturel. Cet écrit parut l'année 1782, mais, il faut le dire, les théories de leur maître comihun sont beaucoup plus transparentes dans le traité de l'abbé Fournie que dans celui de son condisciple.

A quoi tiennent ces différences et comment les expliquer? Est-ce que toujours la diversité des systèmes sort du même enseignement? Est-ce que toujours des penseurs aussi distants les uns des autres que Platon et Xénophon naissent des leçons données par le même Socrate? Ou bien le gentilhomme d'Amboise et le prêtre du diocèse de Lyon auraient-ils été instruits par dom Martinez à deux époques très-différentes?

Au contraire, élèves tous deux et à la même époque du docteur portugais, Saint-Martin et l'abbé Fom*nié se rencontrèrent sans nul doute dans les mêmes réunions. Mais il est très-vrai qu'ils ne se connurent pas dans celles de Bordeaux. Ils ne se virent qu'à Paris,

ET SAINr-MÂRTlN. Si

quand déjà Saint-Martin suivait son chemin. Aussi leurs relations ne furent jamais intimes. On le comprend, les opinions d'un prêtre non lettré étaient trop positives et son horizon trop borné pour l'ambitieux philosophe. Peut-être les visions et les apparitions swedenborgiennes, qu'il eut bientôt et qui à leur tour devaient paraître trop ambitieuses aux yeux de Saint-Martin, achevèrent-elles de les séparer. Le prêtre ne manquait pas d'une sorte de critique, pourtant. On l'a vu. Mais il avait contrairement au philosophe ces deux tendances ; de trop priser le mysticisme de madame Guyon et de ne pas se tenir en garde au sujet de la région où Swedenborg avait ses entretiens avec les anges. En effet, ce qui prouve le mieux la distance qui les séparait et ce qui aurait blessé Saint-Martin, s'il avait pu le connaître, c'est le jugement de Fournie sur le célèbre visionnaire de Stockholm, dont Saint-Martin s'éloigne si hautement et que Fournie n'hésite pas à mettre au-dessus de tous les mystiques dont il parle.

« Dieu a bien voulu, dit-il, envoyer de temps à autre et jusqu'à ce jour des hommes extraordinaires et que nous dénommons les mystiques, du nombre desquels sont ceux dont j'ai déjà parlé, savoir, Jacob Behmen^ madame Guyon et Swedenborg, qui ont aussi fait des conversions innombrables parmi les perdus d'entre nous. Je puis dire avec vérité que, dans mon émigration et sans remonter plus haut, j'ai vu, en Suisse et ici à Londres, quantité de personnes converties par les écrits de ces mystiques, qui ne sont tant décriés qu'à cause qu'on ne les lit pas attentivement et chrétiennement, mais seulement par un esprit de curiosité et dans la vue

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