CONFLIT AVEC VOLTAIRE
des textes chrétiens, pour les Évangiles et surtout pour la morale qu'ils enseignent. Il voua aux saintes lois du Christ un culte sincère. Ce culte charma sa pensée et sa vie, et il eût encore plus embelli l'une et l'autre, si Cazotte plus philosophe y avait apporté un esprit moins minutieux et s'il avait mieux compris qu'une époque aussi sceptique demandait moins d'expansivité. La sienne touchant à l'imprudence lui valut ces deux épithètes, crédule et bonhomme.
A soixante-dix ans, le bonhomme^ sur quelques textes que lui traduisait un moine, écrivait ses Contes arabes; il y faisait entrer ses idées de spiritualité de manière à leur donner tous les genres d'attraits, tous ceux dont pouvait les revêtir une imagination brillante et un esprit charmant. A la même époque, Cazotte composait un conte original, la Brunette anglaise^ qu'on attribua à Voltaire, et qui plut au point que le grand écrivain fit à l'auteur la malice de ne pas le désavouer. Ce tour inspira au spirituel vieiUaM, je parle de Cazotte, un poëme où il joua au premier poëte du temps, celui de le mystifier lui-même en lui prêtant son œuvre. Ce fut là, en effet, l'origine du prétendu septième chant de la Guerre de Genève dont Voltaire n'écrivit ni le cinquième ni le .sixième.
Tel était Cazotte quand éclata cette révolution de 89 dont les principes purs étaient les siens, dont les fautes et les excès provoquèrent ses craintes les plus vives et dont les destinées lui firent imaginer, pour les combattre, miUe moyens qu'avec cette même expansivité qu'il apportait dans son prosélytisme religieux, il communiquait à tout venant et partout. Il les consignait parti-