CHAPITRE V
Suite des martinézistes. — Cazotte, sa conversion, sa propagande, ses prophéties. — Madame la marquise de la Croix et ses manifestations. — Saint-Martin et le comte d'Hauterive. — .Leurs conférences à* Lyon. — Les extases et les absences du comte.
Ancien administrateur fort distingué , écrivain d'infiniment d'esprit et de talent, de fécondité surtout, et homme d'une rare pureté de principes, Cazotte avait parlé un soir avec une certaine gravité de l'avenir de la France au milieu d'une société frivole. Il avait semé son discours de prévisions plus ou moins empreintes de vraisemblance. Après les événements, un auditeur bien connu mit dans sa bouche de terribles oracles, avec les noms et les circonstances fournies par l'histoire elle-même. Et voilà Cazotte devenu prophète, sans le vouloir.
Et il le restera pour beaucoup de gens, en France comme à l'étranger, où ses oracles sont cités avec la plus grande confiance. Quoique parmi nous bien des auteurs en connaissent parfaitement l'origine, on a toujours
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Faîr d'y croire, et chez nos voisins leur authenticité sert d'argument à des théories aussi hasardées que sublimes , témoin Tun des ouvrages, les plus cités du mystique Young ou plutôt Jung Stilling, pour lequel Saint-Martin exprima plusieurs fois les mêmes sentiments d'estime que Goethe et Lavater.
Cazotte était très-croyant au milieu de gens qui professaient le doute ou affectaient l'incrédulité. On l'appela crédule et bonhomme, deux des épithètes les plus cruelles parmi nous. Mais s'il est un Cazotte de la fable convenue, celui de l'histoire ne lui ressemble guère. • Cazotte, élevé à Dijon et à Paris par les plus habiles professeurs, s'illustra comme commissaire de la marine à la Martinique. Il s'y était Ué, en vertu de ses goûts littéraires, avec le procureur général des Jésuites, le P. Lavalette. Ruiné par la banqueroute de ce hardi spéculateur et obligé de lui intenter ce fameux procès qui devint celui d'un ordre célèbre, Cazotte plaida ayec tout le sentiment de son droit, mais aussi avec toute la reconnaissance due aux maîtres chéris de sa jeunesse, et se fit un des plus beaux noms de l'époque. Un héritage, un mariage, des écrits recherchés, que tout le monde connaît, lui firent, grâce à ses goûts modestes, une fort douce existence. Il se partageait entre Paris et sa campagne de Pierry, près d'Épemay. Un élève de Martinez de Pasqualis attiré chez lui par une des plus charmantes compositions qu'il eût publiées (le Diable amoureux)^ le croyant très -versé dans la science des démons, l'entretint de la pneumatologie de son maître et lui inspira le désir de l'étudier. Cazotte en profita d'une façon admirable , car il s'éprit d'amour pour le spiritualisme