‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 57 sur 266 · LES OBJETS · texte numérisé non relu

LES OBJETS

Loin de lui causer des sensations pénibles, le spectacle de la mort n'est pour lui que celui d'un progrès dans la vie intérieure; c'est pour l'âme le signal d'une véritable élévation. Aller à la mort par voie de sacrifice est de la force vraie et glorieuse.

« La maison de Pontcarré à Paris, dit-il, m'a offert le grand exemple d'une femme forte. Elle était fiUe de M. de La Tour, premier président d'Aix, et de mademoiselle d'Alîgre. Elle s'est immolée à ce qu'elle a cru être son devoir envers ses parents, et elle a vu son terme (le terme de ses jours terrestres) avec le calme d'un héros.

« Son mari a eu quelque part à mes objets^ par la communication que lui ^n avoit faite d'Hauterive, et il en avoit retiré d'assez bons fruits.

( Nous connaissons déjà le comte d'Hauterive, cet ami de Saint-Martin dont la tradition racontait des choses si merveilleuses, et dont l'âme, disait-elle, quittait le corps pour s'élever dans les régions suprêmes.)

« A la mort de sa femme, je le suivis à sa maison de campagne, où elle avoit voulu être enterrée dans le cimetière. J'avois été froid en voyant son cortège partir de Paris; je fus froid en voyant sa fosse. Je ne sçais pourquoi les morts ne m'attristent pas extrêmement. C'est peut-être par l'idée que j'ay eu souvent que la mort n'étoit qu'une promotion.

« Les cérémonies religieuses qui accompagnent les sépultures me touchent beaucoup davantage.

tt J'ai revu, depuis, M. de Pontcarré à Rouen, et chez M. d'Etteville près Gaillon, où je fus bien fâché de ne pouvoir rester que trois jours, parce que j'avois l'espoir dy défricher utilement quelque terrein, »

lâlânde. 81

C'est nous qui soulignons, pour faire remarquer ce qui préoccupe Saint-Martin dans le monde, qu'il soit à Paris ou à la campagne.

Pour servir avec plus de succès la grande affaire dont il avait fait la sienne, Saintr-Martin chercha aussi des relations avec les hommes de science les plus éminents. Il rechercha surtout l'astronome Lalande. Les astres jouent un grand rôle dans la théurgie, et Saint- Martin avait pris goût à ces mystérieuses élucubrations sur les nombres qui préoccupaient alors encore dom Martinez, son maître, et sur lesquelles un des mystiques allemands les plus distingués de cette époque, M. d'Eckartshausen, devait laisser deux volumes pleins des choses les plus étranges. Mais Saint-Martin ne put entretenir l'illustre astronome que du système du monde, et Lalande ne voulut pas entendre la moindre observation sur ce que le théosophe appelle ses puérilités : on se sépara peu satisfait l'un de l'autre, et pour toujours.

Repoussé de ce côté , Saint-Martin rechercha les écrivains distingués dans les lettres, comme il recherchait dans le monde les hommes qui y exerçaient une grande influence par leur esprit ou par leur rang. D'ailleurs, il laissait là , sans tenir à nulles satisfactions d'amour-propre, tous ceux qui ne répondaient pas à sa pensée, comme il fit du maréchal^ de Richelieu. En effet, il eut avec ce grand seigneur si renommé plusieurs conférences chez la marquise de Lacroix , et fut (( assez content de sa judiciaire, » nous dit-il; mais il le laissa là à cause de son âge et de sa surdité, sans nous parler ni de sa gloire militaire si douteuse, ni de sa moralité trop constatée.

83 i»^ DUC d'orléans.

C'est ainsi qu'il vit, sans attachement aussi, le duc d'Orléans, non encore devenu célèbre dans les annales de la révolution, mais déjà le plus grand type, du moins le partisan le plus haut placé, des opinions et des principes qui allaient changer la face de la France. Le chevalier de Boufflers, dont l'esprit ravissait tout le monde, ne lui convint pas davantage.

M. de Saint-Martin vit avec plus de constance le marquis de Lusignan, dont la femme était une de ses meilleures amies et de ses relations les plus constantes.

Je m'arrête à ces noms, par la raison qu'ils suffisent à bien marquer la place que le jeune théosophe rechercha dans le monde. J'ajoute seulement que, dès lors et pendant toute sa vie, il eut peu de rapports avec le clergé. Sauf le curé de Saint-Sulpice et quelques autres prêtres d'un rang aussi secondaire , il ne voyait pas le sacerdoce. Du moins, je ne trouve pas dans ses pages confidentielles une seule mention de cette nature qui me frappe. 11 aimait trop, à cette époque et toujours, la discussion libre de toute autorité pour soumettre ses idées à la plus absolue et la plus impersonnelle de toutes.

Quant à la discussion , la plus sévère des épreuves, loin de la fuir, il la cherchait, par une raison qu'on doit entendre de sa bouche , car il veut bien avouer qu'elle le fortifiait dans ses convictions.

a Quoiqlie mes idées trouvent toujours à s'étendre , nous dit-il , et à acquérir avec toutes les personnes qui me font l'honneur de vouloir bien s'entretenir avec moi , ces mêmes idées n'ont jamais changé dans le frottement, et elles s'y sont souvent grandement confirmées. Je dois beaucoup en ce genre , particulièrement au mar-

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