MADAME DE CHABANAIS
OU par leurs propres passions et par leurs propres préjugés. »
C'est un peu les maltraiter ou se traiter trop bien soimême, ce semble.
« Celles qui m'ont laissé me montrer ce que je suis ne m'ont pas repoussé, et au contraire elles m'ont aidé à me montrer encore davantage. Parmi celles qui m'ont le plus fait sortir de moi-même, je dois compter la marquise de Chabanai^. Bien entendu que ma B. est avant tout. »
La plus éminente de toutes les personnes qui roni aidé le plus à se montrer, c'est donc madame de B., que par abréviation Saint-Martin nomme souvent trèssimplement ma B.
Qui est cette personne si éminente? qui est ma B.?
C'est ce que nous dirons un peu plus tard , et avec tout le développement que demande la question ; mais, puisqu'il paraît que les rapports de Saint-Martin aveo madame la duchesse de Bourbon remontent à cette époque, écartons à l'inetant même la seulo interprétation qui ail eu cours jusqu'à présent et qui est tout à fait fausse. J'entends celle qui prétendait reconnaître sous ces initiales madame la duchesse de Bourbon elle^ même. M. de Saint-Martin était gentilhomme, de petite maison, il est vrai, mais bi«n élevé, et jamais il n'appela une princesse du sang ma B. Il fut l'ami intime de la duchesse de Bourbon ; il fut en quelque sorte son direc* teur spirituel ; mais ce n'est jamais danfl un style d'in^» timité, c'est toujours dans le langage commandé par l'élévation du rang de la princesse, et avec les convenances que lui impose sa propre éducation^ qu'il eo
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parle. Et plus la sœur du duc d*OrléaQS, la femme séparée du duc de Bourbon, la mère du duc d'Enghlen^ dont il fui l'ami et le protégé, doot il eut Thomieur d'être rhôte habituel quand il habitait Paris , et dont il demeura le conseiller intime toute sa vie, quelque lieu qu'il habitât, plus cette pieuse princesse, dis-je, essuyait d'infortunes^ plus le langage de Saint-Martin devenait respectueux.
Cette relation remontait-elle aux premières années de l'indépendance de Saint-Martin , c'est-à-Hiire à l'époque même où il quitta le service? Je ne le pense pas. Antérieure aux voyages de Saint-Martin et à son séjour de Strasbourg, elle fut postérieure, je crois, à la grande intimité du théosophe avec madame de Lusignan et madame de la Croix. C'est chez ces deux dames, sur* tout che2 la première,- au Luxembourg, et non pas chez la princesse , au palais Bourbon , qu'il écrivit le second de ses ouvrages, le Tableau naturel^ dont nous allons parler tout à l'heure. Or c'est le contraire qui aurait eu lieu, si sa liaison avec la duchesse de Bourbon avait été plus ancienne. Quoi qu'il en soit d'ailleurs de la date en question , deux autres relations de Saint-Martin doivent être indiquées ici pour donner une idée plus complète, soit du monde qu'il voyait à cette époque, soit de la manière dont il s'y posait, traitant de puissance à puissance avec les personnages les plus considérables, et au besoin même trop gaiement peut-être.
Il connaissait depuis plusieurs années déjà, nous l'avons vu au chapitreYI, madame la maréchale deNoaiUes. C'est dans ces dernières années, vers 1780, que ceUe connaissance devint plus intime. Saint-Martin eut le