MADAME DE NOAILLES
gouvernement de la pensée mystique de sa noble amie, y appointant ce degré de décente familiarité qui convient dans des amitiés toutes spirituelles. Il nous apprend lui-même que madame de Noailles , qui n'était pas savante, fut presque trop curieuse. Elle étudiait le livre des Erreurs et de la Vérité^ et dans son impatiente ardeur à vouloir comprendre, elle alla le chercher un jour au Luxembourg où il dînait.
a Elle arriva, dit Saint-Martin, le livre sous le bras et rempli de petits papiers pour marques. Je sais que je n'entrai pas grandement en matière avec elle , et que même je lui expliquai les lettres F. M. (Franc-Maçonnerie) d'une manière cocasse et ridicule, que je me suis reprochée depuis. La personne qui était en tiers avec nous ne me laissait pas assez^ libre sur mon vrai sérieux pour que je le fusse aussi sur ma vraie gaieté ; mais cela n'est point une excuse. »
Dans la seconde de ses belles relations pendant ces années, Saint-Martin trouva, au contraire, une capacité remarquable pour les choses abstraites et, sous ce point de vue, ces rapports l'intéressèrent vivement, à cause du rang de la personne et à cause de son entourage. La connaissance fut intime aussi , et dès le début.
« Le duc de Bouillon, écrit-il, chez qui j'allais passer quinze jours à sa terre de Navarre, en 1780, est un de ceux en qui j'ai trouvé le plus de justesse d'esprit et d'aptitude à saisir les choses abstraites.
« Je vis chez lui madame Dubarry , et je remarquais avec quelle afTectation on parlait bas en sa présence. Quoique son règne fût passé depuis plusieurs années, on la traitait toujours en princesse et en favorite. *