‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 76 sur 266 · DES ÉTOILES FIXES · texte numérisé non relu

DES ÉTOILES FIXES

ce £q second lieu , quand il serait vrai qu'elles sont fixes comme elles le paraissent, on ne pourrait nier qu*en différents endroits du ciel il n*ait paru de nouvelles étoiles, qui ensuite ont cessé de se montrer; et je ne cite que celle qui fut remarquée par plusieurs astronomes en 1572 , dans la constellation de Cassiopée. Elle égala d'abord en grandeur la claire de la Lyre, puis Syrius, et devint presque aussi grande que Vénus Périgée, de sorte qu'on la voyait à la vue simple en plein midi. Mais ayant perdu peu à peu sa lumière, on ne Ta plus revue. D'après d'autres observations, on a présumé qu'elle avait fait des apparitions précédentes, que sa période pourrait être de trois cents et quelques années, et qu'ainsi elle pourrait reparaître sur la fin du dixneuvième siècle.

« Si nous observons de telles révolutions, de tels changements, parmi les étoiles fixes, on ne peut douter que quelques-unes d'entre elles n'aient un mouvement. Il est certain aussi que la variation d'une seule de ces étoiles doit influer sur la région à laquelle elle appartient , et y porter assez de prépondérance pour en déranger l'harmonie locale.

a Si l'harmonie locale peut se déranger dans une des régions des étoiles fixes, ce dérangement peut s'étendre à toutes les régions. Elles pourraient donc cesser de garder constamment leur position respective, et céder à la force de l'attraction générale qui , les réunissant comme tous les autres astres à un centre commun, anéantirait successivement le système de l'univers.

« On ne voit point arriver de semblables désastres; et si la nature s'altère, c'est d'une manière lente, qui laisse

110 Lk SAISON SUPÉRIEURE.

toujours un ordre apparent régaer devant nos yeux. Il y a donc une force physique invisible, supérieure aux étoiles fixes, comme celles-ci le sont aux planètes, et qui les soutient dans leur espace, comme elles soutiennent tous les êtres sensibles renfermés dans leur enceinte. Joignant donc cette preuve aux raisons d*ana* logie que nous avons déjà établies, nous répétons que Tunivers n*existe que par des facultés créatrices invi'* sibles à la nature, comme les faits matériels de rhonuno ne peuvent être produits que par ses facultés invisiblest qu'au contraire les facultés créatrices de Tunivers, comme nos facultés invisibles, existent nécessairement et indépendamment de nos œuvres matérielles, n

N'est-ce pas là un ensemble d'idées propres à mettre la cosmologie dans la vraie voie, et tenir le compte qu'il faut de deux ordres de phénomènes, les uns forcés par les lois inhérentes à la nature , les autres non forcés et dépendants de ce gouvernement suprême, qui est, après tout, la loi véritable du monde et rend seule raison de la marche finale de tout? Car, si la cause pri<mitive, disons plus simplement, si Dieu n'a pas abdiqué, son gouvernement, son règne subsiste. Or, du moment que l'on ne reconnaît plus dans l'univers que des phénomènes forcés , à quoi notre raison y réduit^elle le r^^e de la raison suprême? Qu'il me soit permis de ne pas insister ici sur un ordre d'idées que j'ai un peu développées dans un autre endroit [Philosophie de la religion^ 2* vol.) , mais aussi de me féliciter d'une rencontre si imprévue de mes pages avec un texte si remarquable du théosophe qui m'occupe.

En effet, ce texte prête à des inductions puissantes en

LES KHSSAffCSS SÛPÉAlfiURÊS. lli

fateor d'une eosmologie essentiellement théiste, essen* tiellement oorrective d'une cosmologie purement matérialiste.

C'est pour des fins un peu différentes, mais très-éie<vées encore, que le théosophe présente la belle série des idées que nous venons d'entendre, et il s'empresse dé passer à une théorie qui lui tient fort à cœur, celle de puissances ou d'êtres supérieurs qui gouvernent les puissances ou les forces matérielles du monde comme notre ftme gouverne notre corps. C'est pour lui une théorie de prédilection, qu'on peut lui laisser, mais une théorie fort ancienne et qui fait comme le fond de toute sa doctrine.

Voici comment il présente ses inductions en faveur de Texistence des puissances supérieures si nécessaires dans son système..

c( De tous ces faits, il résulte que, si les œuvres matérielles de l'homme ont démontré en lui des facultés invisibles et immatérielles, antérieures et nécessaires à la production de ces œuvres, et que, par la même rai^ son , l'œifVre matérielle universelle ou la nature sensible nous ait démontré des facultés créatrices, invisibles et immatérielles, extérieures à cette nature, et par lesquelles elle a été engendrée ^ de même les facultés intellectuelles de l'homme sont une preuve incontestable qu'il en existe encore d'un ordre bien supérieur aux siennes et à celles qui créent tous les faits matériels de la nature. C'est-à-dire, qu'indépendamment des fa<* cultes créatrices universelles et de la nature sensible, il existe encore hors de l'homme des facultés intellectuelles et pensantes y analogues à son être, et qui pro*

112 l'émanation CONTINCEEXE.

duisent en lui les pensées ; car, les mobiles de sa pensée n'étant pas à lui, il ne peut trouver ces mobiles que dans une source intelligente, qui ait des rapports avec son être ; sans cela, ces mobiles n'ayant aucune action sur lui, le germe de sa pensée demeurerait sans réaction, et par conséquent sans effet. »

J'ai dit qu'on peut lui laisser cette théorie et en faire abstraction. Et en effet, il la corrige par celle que veut la raison et qu'il professe avec beaucoup de netteté : le gouvernement absolu d'une seule volonté, d'une loi unique, d'un principe suprême.

c( Le principe suprême, dit-il, source de toutes les puissances , soit de celles qui vivifient la pensée dans l'homnfe, soit de celles qui engendrent les œuvres visibles de la nature matérielle ; cet être nécessaire à tous les êtres, germe de toutes les actions, de qui émanent (mot fatal, plume qui trahit) continuellement toutes les existences ; ce terme final, vers lequel elles tendent, comme par un effort irrésistible, parce que toutes recherchent la vie; cet être, dis-je, est celui que les hommes appellent généralement Dieu. »

Telles sont les considérations fondamentales par lesquelles Saint-Martin prouve que c'est bien l'homme et ce qui est en lui qui explique l'univers ou la nature des choses, que ce n'est pas celle-ci qui explique l'homme. L'homme est supérieur à la nature, tient aux puissances supérieures et plus essentiellement au principe suprême , de qui émanent continuellemeut toutes les existences.

Telle est en substance toute la théorie de Saint-Martin sur le rapport de l'homme avec Dieu et avec l'uni-

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