‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 82 sur 266 · L APOSTROPHE · texte numérisé non relu

L APOSTROPHE

gurer de plus en plus, et tromper ceux à qui vous entreprendrez de les peindre. » Encore, quand le point de vue de Saint-Martin aura été adopté, ne faut-il pas s'imaginer qu'un homme ait le pouvoir de faire beaucoup pour le bien d'un autre. « De même qu'un arbre n'a pas besoin d'un autre arbre pour croître et porter ses fruits, mais qu'il porte en lui tout ce qu'il faut pour cela, de même chaque homme porte en lui de quoi remplir sa loi sans rien emprunter d'un autre homme. »

L'auteur termine par cette apostrophe à ses j uges : « Si l'homme ne remonte pas lui-même jusqu'à cette clef universelle (qui a été indiquée), personne sur la terre ne viendra la déposer dans votre main, et je croirai vous avoir assez répondu si je vous ai persuadé que l'homme ne peut pas vous répondre. »

En un mot, il était imppssible de faire une réponse plus originale, mais plus éloignée de la question.

Ce mémoire, Saint-Martin le sentit bien, fut donc tout autre éhose qu'une solution, et il dit haut qu'il eût été au-dessous de lui d'en fournir une dans le sens du rationalisme dominant. Ce qu'il offrait, c'était un manifeste. Ce fut celui d'un spiritualisme bien antique, bien tombé, mais aspirant à l'empire sous des formes régé* nérées. Ce fut donc une déclaration de profonde dissidence avec l'Académie. On pense bien qu'elle ne Voulut pas donner le prix à un travail qui lui faisait la leçon plutôt que de solliciter des sympathies, et qui déclarait, avec le ton du plus chevaleresque défi, que, si éloquente que pût être l'œuvre de l'auteur, et si supérieure à ceDe de ses concurrents , l'Académie ne devrait pas le récompenser « dès qu'il ne lui aurait pas apporté le se-

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cret le plus important , celui de joindre à la science du précepte la science de l'application ; secret difficile à communiquer, vu l'impossibilité où se trouve l'homme d'être utile à l'humanité quand il est réduit à luimême. )>

Je ne connais pas , de cette époque , de pages plus étranges, plus originales, plus piquantes que celles-là. Elles surprirent singulièrement l'Académie, qui remit cette question au concours et couronna, un an après, un mémoire de Louis Ancillon. C'était le père, je -crois, de notre illustre contemporain qui ouvrit aussi sa brillante carrière de publiciste et d'homme d'État par des discours et des traités de morale. Louis Ancillon ne conquit par les siens qu'une place à l'Académie. Son fils Frédéric, qui mourut, en 1837, président du Conseil et ministre des affaires étrangères, était comme un second type plus marqué de cette rare union d'une science élevée et d'une haute piété qui avait distingué le père.

Simple pasteur de la paroisse française de Beriin, mais philosophe éiiidit , celui-ci avait puisé aux sources les meilleures, et surtout dans Platon , des scrutions aussi acceptables du monde politique que du monde savant. Et si remarquable que fût le travail de son concurrent, soit par la sévérité ingénieuse de ses vues, soit parla loyauté austère de son langage, on doit convenir que la question fut traitée par lui avec plus de méthode qu'elle ne l'avait été par son spirituel concurrent. Toutefois, Saint-Martin, qui aime à répéter qu'il estime peu les livres et la science qu'on y puise, nous dit à ce sujet qu'il estime mal des succès dus à l'érudition. Et il a raison au nom de ses tendances et de ses habitudes. Mais

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