‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 85 sur 266 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Voyage d'Angleterre. — : William Law.— Le comte de Divonne. — La marquise de Coislin. -^ L'aristocratie russe, -r Catherine 11 et les martinistes. -— Correspondance avec le prince Repnin. —Second ▼oyage en Italie. — Le prince Alexis Galilzin et Ttiieman. — La princesse de Wurtemberg, le comte de Kaciielof et la visite au ctiàteau d'Ëtupes. — Le voyage d'Allemagne.

On a souvent attribué la résolution de Saint- Martin de voyager à l'étranger à son goût exagéré des choses secrètes, et à son amour pour ces mystérieuses traditions dont plusieurs associations renommées se prétendaient les dépositaires. Il forma le dessein de voir le Nord , soit à Lyon , soit pçu de temps après avoir fait dans cette ville le séjour dont nous venons de parler, et je ne pense pas que l'idée de visiter des sociétés secrètes fût étrangère à ce projet. Mais on se tromperait singulièrement en cherchant là le motif véritable de ses voyages. Pour prouver qu'il n'y songea guère, je ne veux pas rappeler son éloignement pour ces sortes d'associations. Pour indiquer ailleurs les raisons de ses excursions , je ne veux pas en appeler à son admiration légitime pour les travaux de Bacon, ni expliquer son séjour à Londres par son seul amour du grand monde et

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de la grande publicité. Je crois, au contraire, que dans un temps où Lavater se rendait à Copenhague pour visiter l'École du Nord, quelque pensée de cette nature a pu motiver aussi les déplacements de Saint-Martin ; mais ce fut, avant tout, le désir d'étendre sa sphère dlicti vite et celui d'élargir son horizon à plusieurs points de vue qui le décidèrent à voyager. Après ses deux échecs académiques, il devait sentir plus vivement que jamais le besoin de s'instruire davantage. Il devait aviser aussi au moyen de trouver dans la sphère aristocratique une compensation aux voies qui lui faisaient défaut dans la sphère littéraire. Ses notes viennent nous révéler partout cette pensée. Elles mentionnent beaucoup de grandes familles, mais pas une seule visite faite aux sociétés secrètes. Et, en allant de Londres à Rome, Saint- Martin n'eut pas môme l'idée de passer par Copenhague, de suivre l'exemple de Lavater.

Nous donnerons, d'ailleurs, sur ces années d'une pérégrination plus ou moins constante, le peu de faits que nous tenons de lui-même, laissant à chacun le soin de les interpréter suivant son point de vue et le plaisir d'en tirer les inductions qu'ils autorisent dans le sens qui lui 'convient.

Quant aux motifs qui conduisirent le voyageur d'abord en Angleterre , ils se trouvent peut-être dans cette circonstance, qu'il savait l'anglais, tandis qu'avant son séjour à Strasbourg il ignorait toute autre langue du Nord.

A cette considération il s'en joignait de plus fortes. L'Angleterre était alors dans l'Europe entière le pays de la plus libre pensée , des institutions les plus populaires, des mœurs les plus originales. Dès le commen-

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