‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 86 sur 266 · LAW · texte numérisé non relu

LAW

cernent du siècle, Voltaire l'avait mise à la mode parmi nous par ses Lettres philosophiques. Depuis leur apparition, on imitait volontiers, soit dans Taristocratie , soit dans le monde savant, le voyage un peu forcé et Tadmiration très-sincère du premier écrivain de l'époque. Le frère de madame la duchesse de Bourbon, princesse qui portait une estime si bienveillante à Saint-Martin, le duc d'Orléans, lui-même ami de Saint-Martin, était peutêtre le panégyriste le plus décidé des mœurs et des institutions anglaises. Le philosophe, qui se préoccupait dès lors des plus hautes questions de morale et de politique, rencontrait donc l'invitation de visiter la nation anglaise dans tout ce qu'il voyait et admirait le plus.

A côté de ces attraits l'Angleterre en offrait d'autres à Saint-Martin : une suite notable d'écrivains mystiques, depuis. Jane Leade, élève contemporaine de J. Bœhme et fondatrice de cette Société philadelphienne qui eut des affiliations dans tout le nord de l'Europe, jusqu'à William Law, traducteur du célèbre philosophe teutonique , ou plutôt auteur d'une nouvelle édition de la traduction anglaise la plus ancienne de ses œuvres.

William Law, ministre anglican, se faisait remarquer précisément à cette époque par la tendresse toute mystique qui respirait dans ses publications morales et religieuses ; et dans un pays où régnaient encore une foi ardente et une grande piété au milieu des bruyantes attaques des libres penseurs , un écrivain d'une si haute mysticité dut rencontrer de vives sympathies. Law jouit de cet avantage. Animé de tous ces sentiments de foi pénitente et d'humilité évangélique auxquels Saint - Martin lui-même s'appliquait en sa qualité de mission-

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naire chrétien , la propagande de Law avait en Angleterre un succès très-éclatant. C'était celle-là même que Saint-Martin faisait en France. Elle inspira le plus grand intérêt à l'auteur du livre des Erreurs et de la Vérité, et Saint-Martin aurait pu signer, sinon Y Esprit de la prière, du moins Y Appel aux incrédules, de Law, comme Law aurait pu signer les pages de Saint-Martin. Les deux théosophes se lièrent étroitement, et si Law conçut pour son noble visiteur une tendre affection, Saint-Martin cita volontiers à ses amis le nom ou les écrits de son frère d'outre-Manche.

Un ami de Saint-Martin, le comte de Divonne, ne tarda pas à compléter cette triade de fraternité mystique.

Ce fut sans doute Law qui amena Saint-Martin à M. Best, ce prophétique vieillard qui prodiguait les textes sacrés à ses visiteurs et qui prononça sur Saint- Martin des paroles si propres à faire plaisir au voyageur français. « Il a jeté le monde derrière lui , » s'écria M. Best. Et Saint-Martin, qui aimait à dire qu'il n'était pas de ce monde, qu'il n'y était venu qu'avec dispense, fut ravi de croire que ce qu'il recherchait encore avec tant de plaisir, le monde , il l'avait dès loi*s vaincu au fond du cœur. C'est lui qui nous le dit. Le vieillard ajouta : « Criez vers moi , et je vous enseignerai des choses grandes et sûres que vous ne savez pas. » Et le voyageur nous dit : Cela se vérifia dans la quinzaine. Mais il nous laisse ignorer la nature spéciale de cette prophétie, ainsi que le mode et les détails de son accomplissement. Saint^Martin eut-il des révélations extraordinaires , soit dans ses méditations , soit dans quelque société qu'il ne nomme pas?

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