‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 99 sur 266 · MA B · texte numérisé non relu

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de poste du dernier siècle qui trouvait que les femmes de Troyes avaient les cheveux roux, ceux de la maltresse de poste du relais de Troyes étant d'un blond animé, tous sont plus ou moins entraînés par la force des choses à ces généralisations téméraires. Saint-Martin a donc pu très-légitimement formuler son jugement tel qu'il a fait ; car, après tout et tel qu'il est, il va fort bien à toutes les villes du monde : c'est le portrait du cœur humain pris en un moment de brouillard.

Après la sentence morale vient, sous la formule accoutumée de Saint-Martin, Ténumération des personnages principaux, ou plutôt des principales maisons qu'il a fréquentées ; car, pour lui, c'est presque toujours la famille qui est l'essentiel , c'est rarement le chef.

« Et icy, dit-il, je dois me rappeler au moins les noms de plusieurs personnes qui m'y ont intéressé ou que j'y ai vues (le nom de ma chère B... est à part de tous ces noms).».

En effet, il nommeles familles de Frank, deTurckheim, d'Oberkircb, de Baltazar, de MouiUesaux, d'Aumont, de Klinglin, de Lutzelbourg, de Saint-Marcel, Lefort, Falkenheim, Delort, et quelques autres. Mais il fait l'énumération de ces noms uniquement parce qu'il a besoin d'en graver le souvenir dans sa mémoire ; il n'y ajoute rien ou presque rien pour nous, quoiqu'il pose un peu au fond, comme tous ceux qui rédigent leurs souvenirs.

Parmi les personnes qu'il vient de nommer, il y en a qui figurent un peu dans l'histoire locale. La baronne de Frank, à la téta de sa maison de banque, a longtemps exercé une sorte de mécénat auquel il n'a manqué qu'un Horace; le nom de la baronne d'Oberkirch a reçu un

ISO LES SAVANTS.

beau lustre par des Mémoires pleins d'esprit et d'imagination qu'a publiés son petit-fils, le comte de Montbrison ; la famille de Elinglin a joué un rôle dans quelquesunes des plus considérables révolutions du pays ; celle de Turckheim, qui a figuré dans plusieurs de nos chambres législatives , a fourni dans la personne du baron Jean d'Altdorf un diplomate et un historien estimé.

En vrai militaire, Saint-Martin cite ceux des officiers de la garnison qui portaient un nom un peu distingué : Mercy, Murât (ce n'était pas le futur roi des Deux-SiciJes), Tersac , de Vogué, Chasseloup, d'Hauterive (ce n'était pas l'ancien condisciple, le mystique ou l'extatique ami de Saint-Martin), Laborde, etc.

Saint-Martin, dont la note est trop courte, ne mentionne parmi les savants qu'il a vus, que l'antiquaire Oberlin, le frère du célèbre apôtre du Ban de la Roche, Blessig, Haffner, le P, Ildefonse, bénédictin d'Ettenheim, et un professeur d'astronomie et de mathématiques dont il ne se rappelle plus le nom.

En vrai amateur de musique, car il cultivait le violon, il ajoute à ces savants le nom de Pleyel avec l'épithète de fameux.

A ces noms, qu'il donne la plupart altérés, qu'ils soient allemands ou français, Saint-Martin joint encore ceux de quelques étrangers plus ou moins illustres qu'il connut à Strasbourg , tels que le comte de Welsberg, ancien ministre à Vienne ; M. Wittenkof (Wittinghof, de Courlande, parent de madame la baronne de Erudener).

Au premier aspect on dirait que Saint-Martin n'est allé en Alsace que pour en visiter les familles les plus notables ; et tout ce qu*il aurait fait à Strasbourg ressem-

LES COURS DE DIPLOMATIE. î^î

blerait siDgulièrement à ce qu'il avait fait à Londres, à Rome, àTouIouse, à Lyon ou à Versailles.

Et pourtant il s'y est passé quelque chose de plus ; car cette même note, qui débute d'un ton si maussade et si peu flatteur, se termine ainsi :

<c Je dois dire que cette ville de Strasbourg est une de celles à qui mon cœur tient le plus sur la terre. »

Que s'y est-il donc passé pendant les trois ans qu'il l'a habitée? et quels charmes la vieille cité des bords du Rhin avait-elle pu offrir à son cœur, pour qu'il y tint plus qu'à nulle autre sur la terre?

A cette époque la jeunesse russe, allemande et Scandinave de la plus haute aristocratie s'y rencontrait aux cours d'histoire et de diplomatie de Koch, futur législateur et futur tribun, avec la jeune aristocratie de France. Metteniich s'y coudoyait avec Galitzin et Narbonne. Une grande aisance, une ample et cordiale hospitalité, des mœurs peut-être plus douces et plus pures qu'ailleurs régnaient encore dans les plus honorables familles de la société. Un reste d'institutions électives et délibérantes demeurait à l'ancienne ville libre et impériale. Tout cela pouvait plaire à l'esprit de Saint-Martin ou se prêter à ses vues de propagancfe, s'il voulait renouer ses relations avec la noblesse russe, qui l'avait comblé d'hommages à Londres et appelé à Saint- Pétersbourg. Mais tout cela n'a pas dû suffire pour le charmer au point qu'il l'a été.

On n'est pas davantage dans la vraie voie quand on s*imagine qu'il faut chercher son secret dans une courte phrase de sa note que je n'ai pas encore signalée, et qui nomme, parmi les personnes qu'il voyait, la baronne de

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