‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 100 sur 266 · LES PRÉDILECTIONS · texte numérisé non relu

LES PRÉDILECTIONS

Rosemberg, a qui voulait m'emmener à Venise pour fuir la révolution de France ; la belle comtesse de Potoka, qui m'avait promis de m*écrire et qui n'en a rien fait. i> Sans doute, Saint-Martin aimait la société des femmes distinguées par de hautes aspirations de mysticisme ou de piété. Il s'y attachait profondément et même avec enthousiasme : il nous le dira et le prouvera tout à l'heure. Mais il se défiait beaucoup de celles qui n'arrivaient pas à un sérieux progrès dans la spiritualité, ou qui ne s'y prêtaient pa^^. Il ne se passionnait pas le moins du monde pour celles qui l'arrêtaient dans son développement propre, si sincère que fût, d'ailleurs, son amitié pour elles, témoin madame la duchesse de Bourbon elle-même, dont il parle toujours avec estime, jamais avec chaleur. Il nous faut même remarquer que cette princesse se trouvait à Strasbourg en même temps que lui , et qu'il ne la nomme pas même. Or, si jamais elle eût mérité une mention exceptionnelle, c'eût été en ce moment. Elle venait d'Étupes et s'était établie sur les bords du Rhin pour des raisons de famille et des raisons politiques. Quoique séparée de son mari, qui émigra de bonne heure avec son père, le prince de Condé et son fils le duc d'Enghièn, elle était avec lui dans les meilleurs termes où elle pouvait être. De plus, et sans nul doute, le désir de trouver à Strasbourg les pieuses consolations de M. de Saint-Martin , dont elle aimait la direction, avait pesé dans la balance pour lui faire prendre le chemin de l'Alsace. Aussi Saint-Martin, qui avait pour elle une de ces amitiés qui ne se démentent jamais , lui faisait-il habituellement à Strasbourg le sacrifice des heures de recueillement qu'il aimait le

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plus, celles du soir. Il raccompagnait volontiers au spectacle, qu'il aima toujours, quoiqu'il s'en privât souvent pour des plaisirs plus doux à son cœur charitable.

Hais , malgré cette affection si sincère, ce ne fut pas la présence de la princesse qui fit de la ville de Strasbourg le séjour préféré du théosophe. Qu'on en juge par ses belles confidences sur l'influence qu'elle exerçait stir son esprit, confidences qui s'étendent sur ses prin-^ cipaux attachements , et confidences qui nous feront bien comprendre, je crois, l'amitié si exceptionnelle qu'il voua à la personne qu'une seule fois il nomme en toutes lettres, et qu'il désigne d'ordinaire par les mots^ ma B... ou ma chérissime B....

Ces confidences nous feront voir en même temps ce que nous devons penser réellement de toutes ces prédilections féminines qui paraissent jouer un rôle si considérable dans la vie du grave mystique.

<t Plusieurs personnes ont été funestes à mon esprit, mais non pas de la même manière. La première voulait absolument le faire mourir d'inanition ; la seconde, qui était ma tante, voulait ne le nourrir que de vent ; la troisième, qui est W..., opérait sur lui comme un étouffoir ; la quatrième, qui est madame de La Cr..., lui mettait les fers aux pieds et aux mains ; la cinquième, qui est madame de L..., lui eût été utile si elle n'avait pasybulu le couper en deux ; la sixième, qui est madame de Cosl. . . , le grattait en-dessous et le déracinait; la septième, qui est madame de B... B..., lui mettait un cilice pointu sur tout le corps, d

Cette appréciation, qui est peut-être un peu plus symbolique et surtout plus épigrammatique qu'il ne

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