‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 1 sur 360 · DIDIER ET O, LIBRAIRES-ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DIDIER ET O, LIBRAIRES-ÉDITEURS

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PRÛFACE

‘Après les brillantes appréciations de Saint-Martin par Chateaubriand et madame de Staël, parM. de Maistre et M. Cousin, il n’est plus nécessaire de rien ajouter sur l’importance du rô]e que le « philosophe inconnu » a joué dans l'histoire de la pensée sur la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre.

S’il y avait eu quelque hésitation encore, le savant commentaire de M. deBaader, les réflexions critiques de M. Moreau, l’éloquenle thèse de M. Caro, et la charmante esquisse de M. Sainte-Beuve, auraient certainement achevé de la vaincre.

Cependant Saint-Martin n’a pas encore pris dans l’histoire de la littérature moderne la place qui lui est due, et l’on peut dire, à peu près sans exagération, qu’il est demeuré pour le monde ce pour qui il s’est donné, le philosophe inconnu.

PRÉFACE

Sans doute, sa doctrine est exposée dans ses nombreux volumes; mais elle ne l’est pas entièrement, il s’en faut beaucoup; et elle ne l’est pas clairement, il s’en faut davantage. Quelques-uns de ses écrits, récemment publiés, et d’autres encore inédits, sont indéchiffrés, sinon indéchiffrables; et, dans sa correspondance intime, on entrevoit partout qu’il avait des points de doctrine réservés, môme à l’égard du plus avancé d’entre lo’us ses disciples.

Ce qui restait tout à fait obscur jusqu’ici, c’étaient les véritables origines de la doctrine de Saint-Martin , et ce qu’il était impossible d’entreprendre, c’était de faire le départ entre son enseignement propre et celui de son maître dom Martinez de Pasqualis, dont rien, pas une page, n’était connu du public. On ignorait donc à peu près au môme degré le premier commencement et les derniers résultats de tout ce vaste ensemble de spéculations, les unes de pure philosophie, les autres de morale et de politique , d’autres encore de mysticisme et de théosophie, spéculations qu’avec un peu d’ambition pour Saint-Martin on pourrait appeler son système.

La vie du personnage était voilée des mêmes mystères que sa pensée. Nous n’avions que l’édition tronquée du

PRÉFACE

VU

Portrait , l’emphatique éloge de Tourlet et l’esquisse un peu plus développée et plus tempérée de Gence : les renseignements recueillis par M. Caro et ceux que M. Sainte-Beuve publia dans ses belles pages consacrées au théosophe d’après le manuscrit autographe du Portrait en appelaient de plus complets.

Or, si la doctrine de Saint-Martin, qui n’est pas en politique une simple théocratie , ni en philosophie un simple mysticisme, mais qui est une véritable théosophie sur le gouvernement des choses divines et humaines, peut offrir aujourd’hui un intérêt tout spécial, cela est encore plus vrai de sa vie.

D’autres de nos contemporains, — car Saint-Martin est de notre siècle et des nôtres, — ont joué assurément dans l’enseignement, dans l’État et dans toutes sortes de carrières, un rôle bien plus considérable, plus éclatant et plus facile à marquer que celui d’un simple officier d'infanterie, simple élève des premières Écoles normales, auteur et chef d’école, sans doute, mais au demeurant plus grand dans la direction spirituelle , qui est de sa nature peu appréciable de la part du public, qu’en aucune autre situation. Mais, sous le point de vue des idéalités et des aspirations morales, je ne con-

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