LES CURES
ments qui se passaient à de grandes distances, et il circulait à ce sujet, dans le cercle des intimes de Saint- Martin, des récits fort’cxtraordinaires. Dans sa note, le théosophe prend d’abord à l’égard de la voyante une attitude de réserve. 1! lui donne avec un peu de dédain l’épithète de cordonnière, étrange dans la bouche d’en admirateur enthousiaste de Bcehme, le cordonnier. 11 semble mettre le crédit qu’il lui accorde sous le pavillon d’un autre, en disant qu’elle avait la confiance de Salzmann. Le fait est qu’il change Un instant après, qu’il ne manque pas lui-méme de la consulter, sur l’avis de madame de Bœcklin, lors de l’aventure romanesque,' et qa’il finit par constater qu’on lui répondit esse- juste, mais qu’il ne dit pas un mot sur cette aventure.
Le troisième personnage mystique qu’il nomme, le baron de Bazenried, noble étranger arrivé en France très-souffrant , à l’époque où l’on opérait à Strasbourg sous l’installation de M. de Puységur les grandes cures magnétiques, avait trouvé dans cette ville un médecin d’une vive clairvoyance, une jeune fille d’une rare beauté, et avait fini par lui offrir sa main et son nom.
A la grande joie de la famille, la jeune baronne, d’origine très-bourgeoise, n’avait pas tardé à prendre le ton et les manières de la meilleure compagnie, le goût des lettres et des saines études. Nous avons sous les yeux des Vues sur le ciel étoilé qu’elle doit avoir écrites d’inspiration, comme Jacques Bœhme écrivait la plupart de ses traités. Elles ne portent pas plus le cachet de la science que celui de la révélation ; mais quand l’astro- ' nomie était moins avancée, elles ont pu faire le charme du cercle intime de la belle baronne. Si elles ne font
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plus celui de personne par leur valeur scientifique, elles peuvent plaire à tout' le monde par l’élévation de la pensée et même par l’éclat d’un style que madame de Razenried était loin 4e mettre dans ses pages ordinaires, ses lettres familières, par exemple.
Le major de Meyer, que Saint-Martin met à la tête de tous ses amis de Strasbourg, querellait ces Vues au nom de l’astronomie savante. 11 leur accordait cependant, comme aux expérimentations magnétiques, un intérêt sérieux. A la différence de son neveu, Frédéric de Meyer, écrivain plus connu, il était d’une nature mi-sceptique, mi-croyante; mais dans sa correspondance, que j’ai sous les yeux , il cite des textes de SaiBt-Martin avec autant de sympathie que son neveu le fait lui-même dans ses lettres et dans ses Feuilles périodiques pour la culture supérieure de l’intelligence.
Le personnage qui fut, je crois, le principal initiateur de Saint-Martin à l’étude du philosophe teutonique, Rodolphe de Salzmann, comme l’appelaient ses correspondants d’Allemagne depuis qu’il avait reçu de la cour de Saxe-Meiningen des lettres de noblesse et un brevet de conseiller de légation, titres dont il n’a jamais fait usage pour son compte , — Salzmann était un savant avancé dans le mysticisme ordinaire et dans la .haute théosophje. Il faut le distinguer de son cousin Daniel Salzmann, l’ami de Goethe et de Ilerder, singulièrement célébré par le premier et par les biographes de l’incomparable poète. Insister ici sur la distinction des deux Salzmann, dont aucun-n’a marqué dans les lettres fran- • çaises, quoique l’un des deux ait été journaliste pendant quarante ans, serait chose inutile. Qu’il nous soit permis