‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 108 sur 360 · SALZMANN · texte numérisé non relu

SALZMANN

seulement de dire en passant , dans l’intérêt de la critique historique et pour l’appréciation de la valeur réelle de ce qu’on appelle l'autorité du témoignage , que les propres concitoyens et les amis des deux les ont si souvent confondus ensemble qu’enün ils les ont fondus en un seul et même personnage. L'excellent Schubert, un des principaux mystiques de notre temps et celui-là même qui s’est fait remarquer en France par une touchante biographie de madame la duchesse d’Orléans,, raconte très-sérieusement qu’il a'visité en 1820 le mystique Salzmann , l’ami de Goethe. Or, l’ami de Goethe était mort en 1812 , et Schubert n’avait jamais eu avec lui le moindre rapport; il n’en connaissait le nom que par les mémoires si poétiques de Goethe, et il était persuadé que son ami véritable, Salzmann le mystique, qii’il a réellement visité en 1820, portait encore sur sa noble physionomie d 'aiçjle les traces du génie qui avait charmé le poète. Or, Rodolphe Salzmann n’avait jamais eu de relations avec Goethe.

Si Saint-Martin se rendit à Strasbourg pour y étudierle mysticisme allemand, et en particulier les écrits de Bœhme, traduits en anglais par son ami Law, il ny pouvait mieux s’adresser qu’à Rodolphe Salzmann. Issu d’une de ces anciennes familles de sa ville dont la plus haute ambition était de figurer dans le ministère évangélique, dans une chaire de l’université ou sur la chaise curule d’un Quinze ou d’un Treize , le jeune théosophe, * après de solides études de droit et d’histoire, avait ha^ bité l’Allemagne et fréquenté la plus savante de ses écoles, colle de Gœttingue, avec son élève, le baron de Stein, depuis le célèbre ministre de -Prusse. Jouissant

RODOLWtE SALZMANN.

d’une fortune indépendante et partageant ses loisirs entre des travaux de religion et de politique, il dirigeait, quand Saint-Martin le rechercha, un journal et écrivait •des volumes de haute piété , c’est-à-dire de mysticisme et de théosophie. Il publiait beaucoup sans jamais mettre son nom à aucun de ses ouvrages. Une correspondance assez étendue , mais très-intime, avec les mystiques de Lyon, de Genève, de la Suisse allemande et de l’ Allemagne en général , le mettait d’autant mieux au courant, qu’il dirigeait lui-mème « la librairie académique. »

Toutes ces études lui avaient donné une entière familiarité , d’une part avec les textes sacrés , d’autre part avec ceux de Jane Leade, de Pordage, de Law, de Swedenborg et de Jacques Bœhme. 11 possédait surtout les interprètes des écrits apocalyptiques et il affectionnait particulièrement les questions qui jouent un rôle si- considérable dans ces textes. Rien n’allait mieux à Saint- Martin. La scrupuleuse exactitude de l’érudition germanique ne l’effarouchait pas. Grandes furent un instant les sympathies des deux théosophcs. Mais il y avait des divergences sur des questions essentielles, soit de théorie, soit de pratique, et même sur le principe trèsmystique de la fuite du monde, fuite que Saint-Martin, homme du mondé, voulait tempérée, et que Salzmann, homme de cabinet , voulait absolue ; fuite que le premier aimait plus en théorie, le second plus en pratique. D’un autre côté, Salzmann voulait contenir le mysticisme dans ces limites évangéliques où se mouvait l’Ame à la fois tendre et ambitieuse de Fénelon, un peu entraînée par les extases de madame Guyon; Saint-

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