‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 123 sur 360 · LES LEUX · texte numérisé non relu

LES LEUX

Martin revenu d'Italie se sentit d’autant plus heureux de respirer qu'elle différait davantage de celle d’où il sortait, et qu’il y était mieux préparé par la lecture de Rousseau et l’étude de Burlamaqui. Aussi, loin de s’y trouver dépaysé, il s’y mouvait avec une volupté inconnue, jouissant d'un bien-être spirituel que rien ne venait troubler. On était libre dans ce pays, point hardi ; assez philosophe, point déiste. De ces tendances vers le sensualisme vulgaire qui descendaient ailleurs jusqu’au matérialisme et touchaient à l’athéisme, il n’y avait pas même de représentant en Alsace. Or c’étaient là les deux aberrations que Saint-Martin détestait le plus et qu’il s’irritait davantage d’avoir à combattre.

Telles sont les vraies causes de la transformation qu’il sentit dans tout son être, et voilà le secret de son enthousiasme pour l’heureuse personne qui fut pour lui la personnification de Strasbourg. Ma chérissime B. n’est pas un mythe, mais elle est un symbole dans la vie du théosophe.

Les résultats ou les fruits positifs de sa métamorphose philosophique sont pour l’observateur attentif aussi sensibles que ceux de sa transformation mystique. Les trois ouvrages composés ou ébauchés en Alsace portent des traces nombreuses d’habitudes nouvelles, plus pures, plus sérieusement spéculatives. La résolution si grave qu’il devra prendre quelques années plus tard, d’embrasser la carrière de l'enseignement; son entrée aux écoles normales pour s’y préparer, la lutte qu’il y soutiendra, non pas au nom du spiritualisme contre le matérialisme, mais au nom du rationalisme contre le sensualisme; la science et la fermeté

Page 1