DES BORDS DD RHIN
savait pas encore l’allemand, et il ne le sut jamais assez bien pour lire facilement les écrits de Kant. Mais ces écrits étaient lus, sinon dans toutes les familles qu’il voyait, du moins dans celles dont il s’honorait le plus d'étre accueilli. Or ils remuaient tout, changeaient toutes les études et donnaient à toutes les idées une importance que jusque-là on n’accordait pas aux produits abstraits de la pensée- On respirait ces hardiesses d’examen et de critique, ces nobles vertus de l’esprit, non pas seulement dans les ouvrages de philosophie, mais dans les livres de morale, de politique et de littérature. Strasbourg, il est vrai, n’offrait pas de penseurs éminents, pas d’écrivains nationaux. Il y a quatre-vingts ans, ses poètes et ses orateurs, bégayant à peine le français, publiaient leurs œuvres en allemand et même en Allemagne. Toutefois on eût dit que, Français de conquête depuis sept générations sans l’être ni de mœurs ni de langue, ils s’impatientaient eux -mêmes de leur étrange situation. Aussi les principes et le mouvement national tout entier de 1788 et 1789 ne rencontrèrent nulle part en France, pas même à Paris, plus de bruyantes sympathies et ne firent éclater plus de verte jubilation qu’à Strasbourg. L’esprit protestant, très-heureux de son droit d’examen, qui n’est pourtant le monopole de personne, l’esprit philosophique, trèsplein de ses récentes libertés et de ses prochaines perspectives de triomphe, s’y appuyaient l’un l’autre, flattés là même où l’on se défiait un peu de ces libertés et de ces perspectives qui d’ailleurs ont toujours eu pour elles, le» unes et les autres, la même légitimité.
Voilà l’atmosphère, si nouvelle pour lui, que Saint-