LA POLICE
lettres n’étaient pas plus téméraires. Madame la duchesse de Bourbon y était devenue la citoyenne B„r comme dans celle de l’abbé Barthélemy madame la duchesse de Choiseul était devenue la citoyenne C. Le frère de la princesse était simplement Égalité. Malgré ces précautions, malgré ces faits, Saint-Martin fut mandé, au mois d’avril, devant les autorités d’Amboise pour rendre compte d’une lettre de Kirchberger. Il réussit à en disculper des expressions dont le sens- mystique avait inquiété l’autorité ; mais il s’impatienta de ces tracasseries, et il pria son ami d’adopter pour l’avenir une simplicité extrême. Il mit le veto sur les lettres de son ami Divonne, qui était émigré et lui demandait à la fois des nouvelles de la princesse et des solutions sur les mystères numériques, deux choses dont la seconde était aussi dangereuse que la première. C’était au moment où le duc d’Orléans allait porter sa tête sur l’échafaud. Une seule lettre de plus de Divonne pouvait lui faire perdre le fruit de tous ses sacrifices et de sa plus prudente conduite. Une seconde épttre de Liebisdorf fut renvoyée au comité de surveillance générale à Paris, et ne parvint à Saint-Martin qu’avec le cachet rouge de ce dernier. S'il en venait une de Londres ou de Munich, où Divonne allait tour à tour, c’était un péril réel.
La plus rude des épreuves qui vinrent atteindre Saint-Martin à Amboise après la mort de son père, ce fut la suspension de la plus chère de ses correspondances, celle de Strasbourg. Il nous apprend le fait luimême. « Ou y fait comparaître, nous dit-il, à des comités ad hoc, toutes les personnes à qui on écrit. Les
DES LETTBES.
lettres sont lues en leur présence, et on ne les leur rend que quand elles ne contiennent rien de suspect. La personne avec qui j’ai correspondance ne peut se faire à ces usages, et nous sommes convenus que je ne lui écrirai que lorsqu’elle pourrait lire mes lettres sans sortir de chez elle. » (Lettre au baron de Liebisdorf du 21 juillet 1793.)
Dès qu’il eut mis un peu d’ordre dans ses affaires, celles de la succession de son père, Saint-Martin se hâta de chercher quelques consolations auprès de ses amis les plus éprouvés, madame la duchesse de Bourbon à leur tête.