‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 137 sur 360 · SOPHIE CÉLESTE · texte numérisé non relu

SOPHIE CÉLESTE

coup à cette interdiction, et, sous ce rapport, leur correspondance de ces années est plus intéressante qu’à aucune autre. Ils redoublèrent d’ardeur. Les deux amis d’Amboise et de Moral s’enfoncèrent à qui mieux mieux dans la traduction de Bcehme ; le baron y ajouta l’étude du successeur de Bœhme , Gichtel , et le philosophe celle de son imitateur, Law.

Ils s’enquirent aussi de Jane Leade , de son ami Pordage et de Saint-Georges de Marsay; mais ils ne les abordèrent pas sérieusement. Saint-Georges , le maître de M. de Fleischbein, aurait dû intéresser spécialement le baron. Il avait souvent visité la Suisse et habité Berne. Il y avait laissé de nombreux admirateurs. A son tour le comte de Fleischbein, son élève, avait formé Dutoit-Mambrini, cet éloquent prédicateur de Lausanne, ce fécond écrivain qui prépara les voies aux deux correspondants, et dont les leçons, appréciées dans toute la Suisse française , disposèrent les esprits à Lausanne, à Genève, à Coppet et à Divonne en faveur des écrits de Saint-Martin. Ils ne prirent eux-mêmes qu’une connaissance imparfaite des écrits si remarquables de Dutoit, ce maître vénéré d’Alexandre Vinet; tant ils s’absorbèrent dans l’école de Bœhme , se proposant de continuer, l’un le théosophe Bœhme, l’autre le général Gichtel lui-même.

Le savant baron , le plus croyant des hommes , raconte à son ami la vie de l’enthousiaste Gichtel (lettre du 23 octobre 179-i). Il lui dépeint eu style très-épithalamique l’union , avec Sophie Céleste, de ce théosophe qui ne se croyait pas moins inspiré que son maître et plus avancé dans la voie de la réintégration. 11 dépeint

LE MARIAGE MÏSIIQL'K

la première visite que lui lit sa divine liancée le jour de Noël, en 1673; le ravissement du bienheureux mystique, qui vit et entendit dans le troisième principe cette vierge d une beauté éblouissante. 11 lui apprend qu’elle l’accepta pour son époux, consommant avec lui ses noces spirituelles dans des délices ineffables. Suit la renonciation du bienheureux époux spirituel, par ordre de Sophie, à toutes les femmes terrestres, riches et belles, qui le pressaient de les épouser.

On voit que cette beauté céleste, qui n’est autre que la sagesse en personne, la sagesse hypostasiée des gnostiques, avait fait un peu de chemin depuis les premiers siècles de notre ère ; qu’elle s’était faite chrétienne et théosophe; mais que l’imagination des mystiques en avait fait très-peu. C’était là encore la vieille poétique des amants de la gnose; car toute cette poétique de Bœhme et de Gichtel venait d’eux. Eux aussi célébraient des banquets éternels avec Sophie céleste dans le Plerùme de la félicité suprême.

Le colonel ajoute — car Liebisdorf fut colonel — qu’en 4672, lorsque Louis XIY vint jusqu’aux portes d’Amsterdam, Gichtel, qu’il appelle notre général, « se servit de ses propres armes, qui chassèrent les étrangers, et que, par après , il trouva dans les papiers publics les noms des régiments d’infanterie et des escadrons de cavalerie qu’il avait vus, comme face à face, poursuivant l’ennemi hors du territoire de la république. »

Cette lettre est une des plus longues et des plus curie uses de toute la correspondance. L’excellent Saint- Martin y répond le 29 brumaire.

« J’ai lu avec ravissement les nouveaux détails que

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