DE SAINT- MARTIN
vous m’envoyez sur le général Gichtel; tout y porte le cachet de la vérité. Si nous étions près l’un de l’autre, j’aurais aussi une histoire de mariage à vous raconter, où la même marche a été suivie pour moi. »
On le voit, les pieux amis s’attachèrent à la légende de ce mystique général avec de singulières prédilections, et ces deux gentilshommes, l’un colonel et membre de la commission militaire de son pays, l’autre ancien officier du régiment deFoix, philosophes tous deux, rient sous cape de la grande erreur de Louis XIV, « qui était bien loin de s’imaginer que ses nombreuses années avaient été battues à Hochstott, Ramillies, Oudenardc et Malplaquet, par des généraux qui ne sortaient pas de leur chambre. »
C’est l’extatique Gichtel qui est pour le colonel de Morat, pour l’ancien ami de J. -J. Rousseau, le premier de ces généraux.
Le 29 novembre 1794, Kirchberger répond à Saint- Martin pour lui exprimer toute la joie avec laquelle il vient d’apprendre que son ami goûte ses légendes.
« La partie de votre lettre où vous me parlez du général Gichtel m’a procuré une très-grande satisfaction; vous avez donc aussi connu son épouse personnellement?
« Les lettres de cet homme rarissime me fournissent bien des jouissances ; il y a bien des choses à son égard que je n’ai pas insérées dans ma dernière. »
Rien ne saurait mieux témoigner que ces lettres des puissances de croire tout à fait extraordinaires qui s’étaient développées dans les deux correspondants. Saint- Martiu ne cède en rien au baron. II va même plus loin.