‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 141 sur 360 · LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

LA LUMIÈRE

lui à la fois trop de métaphysique et trop de physique.

« Quant à la Sophia, je ne fais aucun doute, dit-il, qu’elle ne puisse naître dans notre centre ; je ne fais aucun doute que le Verbe divin n’y puisse naître aussi par ce moyen, comme il est né par là dans Marie. Mais tout ceci se passera spirituellement pour nous, et si nous pouvons le sentir de cette manière, nous ne le voyons jamais alors qu’intellectuellement.... Tout ce qui se présentera plus physiquement et à l’extérieur ne viendra pas de nous ni de notre propre centre.... Ainsi, le Verbe, Sophie, la Marie même, qui peuvent se manifester à l’extérieur, seront le Verbe, Sophie et la Marie, déjà transformés avant nous. Notre œuvre personnelle est de faire renaître toutes ces choses-là en nous, non plus par une génération en être externe..., mais par la renaissance intime de nous-mêmes , qui doit nous rendre semblables à tous ces êtres par la sainteté, la pureté et par la lumière. »

C’est distinguer parfaitement et dissiper d’un seul coup, par un seul rayon, tous les brouillards enfantés par les vaines allégories où se perdent Bœhme et ses élèves.

Kirchberger voulait que Sophie se manifestât extérieurement et physiquement, puisqu’elle avait fait cette apparition à Jane Leade. Il tenait aux manifestations extérieures ; il prétendait à la connaissance physique de la cause active et intelligente , c’est-à-dire du Verbe ; il voulait aspirer la Sophie céleste jusque dans l’air de l’atmosphère émané de la terre végétale.

« L’air atmosphérique doit renfermer l’élément pur, le corps de la Sophie, la terre végétale. Par conséquent,

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en respirant l'air, nous devons pouvoir nous alimenter, physiquement même, du corps céleste de la cause active et intelligente ; et si notre cœur s’ouvre, il peut et doit à chaque respiration recevoir la nourriture pure, spirituelle, qui est renfermée dans cette manne divine. Ainsi l’air serait le grand véhicule. »

On voit que le savant de Berne avait des réminiscences de cosmogonie ancienne jusque dans sa théologie chrétienne : il y avait là quelques souvenirs trompeurs de la théorie de l’âme du monde et de ses rapports avec celle de l'homme émanée d’elle; mais on n’est pas plus matérialiste que ce mystique qui veut aspirer Sophie et le Verbe jusque dans l’air.

Cela ne peut aller au théosophe d’Amboise.

11 réplique d’abord, en ce qui concerne le précédent de Jane Leade, et bien doucement, mais avec autorité.

« Instruit comme vous l'êtes aujourd’hui, vous devez être sûr que nulle tradition ou initiation des hommes ne pourra jamais vous répondre de vous mener aux communications pures...; il n’y a que Dieu seul qui les donne.»

11 est également ferme sur la question elle-même , la jouissance physique de Sophie au moyeu de la respiration de l’air atmosphérique; mais il est ferme au nom d’une érudition toute mystique que je me garderai bien d’expliquer au lecteur, tant elle est merveilleuse pour la pensée et emblématique pour le style. « Le mot de terre végétale s’étend, dit-il, à toutes les régions. 11 y a une terre végétale matérielle, c’est celle de nos champs ; il y a une terre végétale spirituelle , qui est celle de l’élément pur ; il y a une terre végétale spirituelle, qui est la So-

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