‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 171 sur 360 · LE TERME · texte numérisé non relu

LE TERME

D’autres fois il recevait à son tour, avec la docilité d’un élève, les leçons de son disciple : par exemple, quand celui-ci lui communiquait ses idées sur les mystères que M. d'Eckartshausen ne cessait de découvrir.

Ce mystique était l’objet d’une sorte de ciilte pour Liebisdorf. Saint-Martin n’avait pas encore quitté Paris et les cours de l’École normale, quand le baron lui exprima le désir de le mettre en rapport avec son ami de Munich. (Lettre du 12 avril 1795.)

11 lui apprit, à cette occasion, un fait qui devait bien tenter sa curiosité : c’est que le théosophe de Bavière, « après bien des travaux et des souffrances, était parvenu au terme. » Mais, qu’on ne s’y trompe pas; il n’était pas arrivé au terme de ses jours, mais seulement au terme de ses vœux les plus élevés dans ce monde :

« 11 avait été gratifié d’une manifestation bien remarquable. »

Nous ignorons malheureusement la nature de cette manifestation. A la demande du baron, l’heureux épopte lui rend compte de la manière dont il y est parvenu ; mais il ne nomme que son amour pour le Verbe et jette le voile sur le reste. L’auteur du Nuaije sur le Sanctuaire s’était ouvert bien des sanctuaires et en avait peut-être créé une bonne partie, mais mieux que personne il savait aussi les couvrir de nuages. Qu’avait-il vu? 11 ne se serait pas contenté d’une apparition de quelque défunt, de quelque ange ou de quelque apôtre, fùbce même saint Jean. Comme l’École du Nord, il aurait visé plus haut. A-t-il vu, comme elle, la Cause active et intelligente, ou le Fils de Dieu, comme dit tout simplement l’abbé Fouruié? A-t-il, comme le général

LES INSTRUCTIONS u’eN HAUT. 2fi!

Gichlel, célébré de saintes fiançailles avec la Sagesse céleste, et joui des ineffables félicités de sa présence sensible? Son âme, dégagée des liens du corps, s’est-elle élevée dans les régions divines comme celle de son ami Divonne? A-t-il reçu, sur le moyen de s’élever dans ces régions sans péril, quelque communication extraordinaire? Ou bien est-il parvenu, enfin, à faire, parler les nombres? Non : « Depuis le 1 5 mars il a reçu d’en haut diverses instructions ; mais il ne peut pas expliquer comment elles lui arrivent, les mots nécessaires n’existant pas dans la langue. » (Lettre au baron du 19 mars 179o.) Son grand secret, il ne le dit pas à son ami ; mais il lui parle souvent de ses découvertes dans les domaines auxquels touchent nos deux dernières questions, et sur l’ascension de l’esprit dans la région pure, d’Eckartshausen écrit bien nettement ceci :

« Dans l’espace qui sépare ce monde du monde céleste, il y a le monde mitoyen, qui est le plus dangereux, parce que la plupart des hommes qui cherchent à s’élever au monde supérieur doivent nécessairement traverser le moyen et qu’ils ignorent qu’il est rempli de pièges et de séductions. »

C’est bien là ce qu’enseignaient les gnostiques, et c’est pour cela qu’ils se gravèrent dans la mémoire une série de prières et de supplications à faire aux esprits qui gouvernent ces régions, à telle fin d’en obtenir le libre passage. Nous avons donné ces formules dans notre Histoire du Gnosticisme , et nous ne nous arrêterons pas ici pour signaler des analogies de la théurgie ancienne avec lathéosophie moderne. Nous achevons de citer :

« L’homme (ou l’âme) qui n’a pas avec soi un guide

Page 1