‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 180 sur 360 · UN EXCELLENT MARIAGE · texte numérisé non relu

UN EXCELLENT MARIAGE

noissance, et je suis bien persuadé que nous aurions fini par y arriver si nous l’avions conservé plus longtemps ; mais à peine avions-nous commencé à marcher ensemble que la mort nous l’a enlevé. »

Ici les souvenirs de Saint- Martin se confondent. Quand Martinez quitta la France pour aller mourir à Saint-Domingue, Saint-Martin, après l’avoir suivi pendant plusieurs années, s’était singulièrement éloigné de lui»

« 11 résulte de tout ceci que c'est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et de notre ami Bcchme. C’est à quoi je travaille, et je vous, avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l’un et l’autre, que je ne sais rien de plus accompli. Ainsi prenons-en tout ce que nous pourrons; je vous aiderai de tout mon pouvoir. »

Rien de plus étrange que ce retour du théosophe instruit aux errements d’un théurgiste égaré. Eu général, on voit par cette correspondance qu’il y a, dans le fond , un autre Saint-Martin beaucoup plus mystique que celui qui s’est fait connaître dans ses écrits livrés au public; beaucoup plus enclin aux doctrines ésotériques et même au commerce des esprits, qui est le but pratique, le but essentiel de ces doctrines.

Toutefois, le patriotisme terrestre du théosophe l’emporta encore une fois sur ce goût de la patrie céleste, et les plus belles solutions qu’il put trouver dans ses études spéciales, il eut hâte de les offrir encore une fois comme le grand remède au mal du temps, à l’état d’épreuves et d’incertitudes où il voyait son pays. Cet état devait prendre une fin glorieuse : telle était sa plus ferme con-

LA BECQEÉE.

viction , et cette douce perspective consolait toutes ses douleurs. Les crises où se débattait la France avaient jeté le philosophe dans la pauvreté, et les finances ruinées de la république menaçaient aussi la fortune de son ami, qui avait placé ses économies dans nos fonds publics. Saint-Martin s’en affligeait, mais il ne s’en prenait pas à la grande cause des principes. Sa fidélité à celleci fut inébranlable.

« Je n’en crois pas moins assurée, dit-il, l'issue de notre révolution, qui tient, comme je l’ai exposé dans ma brochure, à des bases inconnues à ceux qui , dans ce grand drame, ont été passifs ou actifs. »

C’était prendre les choses de haut, mais juger avec un peu de dédain tant d’esprits distingués qui avaient figuré dans le drame depuis 1789. Au moins fallait-il indiquer plus clairement ces bases inconnues. Dans sa première brochure, la Lettre sur la Révolution française , il n’en avait donné qu’un premier aperçu. Au milieu de ses travaux de missionnaire, confiné dans son pays natal, où il ne fit que de temps en temps son métier de philosophe, où il n’y eut que par intervalles « quelques petits poulets qui venoient lui demander la becquée, » son bonheur fut avant tout de s’occuper de l’état moral et politique de la France. Ce fut toutefois sans négliger l’humanité en général. Les peuples lui semblaient plus à plaindre et les gouvernements plus à éclairer que jamais. 11 entreprit de faire l’un et l’autre dans sa nouvelle brochure, en s’exprimant avec plus de netteté que dans la première et plus de douceur qu’il n’en mettait dans scs lettres à son ami. En effet, pour avoir toute sa pensée, il faut comparer les lettres avec

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