I.ES MANNEQUINS
la brochure. Dans l'intimité, sa pensée est assez sévère. Il regarde tout simplement les puissances temporelles comme « des mannequins du démon. » Voici du moins ce qu’il écrit à Liebisdorf, tout en eomposaut les pages de son Eclair sur l'association humaine.
« Combien ne me félicitcrois-je pas moi-raéme, si les circonstances me perinettoient d’aller partager quelques moments vos loisirs. Mais le roi de ce monde (c’est bien le démon), qui n’a qu’un sceptre de fer, ne s’occupe qu’à briser ses sujets, ou plutôt ceux qui ne veulent pas l’être, et nous sommes obligés continuellement de nous réfugier dans un autre royaume que le sieD, pour trouver la paix et la liberté au milieu même de toutes les privations. Nos puissances temporelles, qui ne sont que ses mannequins, ne me paraissent pas prêtes à se concilier. Je me persuade qu’elles ne croient pas de leur gloire de se reposer de leurs brigandages avant de s’êlrc saignées au blauc, et la paix me paroît impossible auparavant, à moins que nos derniers succès en Italie ne leur fassent faire des réflexions. »
De la part d'un écrivain aussi pacifique et aussi mesuré, cela nous paraît vif et peu équitable aujourd’hui. Mais il faut apprécier ce style d’après les émotions du temps, et surtout savoir que c’est aux puissances étrangères et nullement à celles qui menaient alors la France que s’appliquait le langage de Saint-Martin. Il ne cessa d’attendre beaucoup de la révolution française. La république ne le gêna pas et n’ébranla pas un instant sa confiance, je l’ai dit : il en aimait les principes, eu pardonnait les excès , et en escomptait les victoires dans l’iutérèt de l’humauité. De ses victoires, il espérait la