LES NOUVEAUX
idées assez neuves sur le noyau radical de l’association humaine, pour que je u’aic pu résister à les mettre par écrit. Mes amis m’ont pressé ensuite de les publier, et je me suis laissé aller à leurs désirs. On est donc occupé en ce moment à l’impression de cet écrit, qui sera à peu près aussi volumineux que ma Lettre à un ami sur la Révolution française. Mais il n’embrasse pas autant d’objets que cette lettre, qui en embrassait peut-être trop. Il aura peut-être un autre inconvénient, celui de ne pas frapper assez fortement les yeux vulgaires. Au reste, je ne fais cette œuvre que pour acquitter ma conscience, qui se sent portée à propager de son mieux le règne et la souveraineté de Dieu; et quels que soient l’opinion des hommes et le fruit qu’ils tireront de mes faibles efforts, j’aurai rempli ma tâche, que je me plais à croire qui me sera comptée auprès de notre souverain Maître. Cela suffit pour m’encourager et me faire prendre patience sur les événements, quels qu’ils puissent être. »
A ces raisons qui le retenaient à Paris pendant les derniers mois de 1796, il vint s’en joindre d’autres qui l’y fixèrent encore pendant les premiers mois de l’année suivante. 11 avait à peine achevé de corriger son Éclair , qu’il se mit à un autre travail , plus considérable, qui devait porter le titre de Révélations.
A l’entendre, ce fut pour lancer le premier et rédiger le second qu’il ajournait sans cesse les bouillantes impatiences de le voir que lui manifestait son ami de Berne.
« Eu attendant, pour vous dire à quoi je m’occupe, je vous avouerai, lui écrit-il le 30 avril 1796, que j’ai entrepris , un peu pour moi , un peu à la sollicitation de mes amis, un ouvrage qui a pour titre : Révélations na-
AMIS
turelles... Do l’aveu de ceux à qui j’en ai fait part (lu des fragments), il s’y trouve déjà quelque eau salutaire pour rafraîchir l’ardeur de la soif... »
« Quand cela sera fait, si on le juge digne de l’impression , et que les moyens pécuniaires nous soient rendus, je le publierai... » Et ici, de nouveau, un regard vers le grand mystique dont nous venons de parler.
« Votre ami Young est bien obligeant de m’accorder sa bienveillance pour mon simple désir qu’il lise son compatriote Bœhme... »
Young, le célèbre théosophe, l’ami de Goethe et de Lavater, était avec Frédéric de Meyer, II. de Schubert, François de Baader et Justinus Kerncr (l’auteur de la Visionnaire de Prévorst), un des plus sincères admirateurs de Saint-Martin en Allemagne. Il ne suivit pas beaucoup le conseil du théosophe de lire Bœhme. Ses prédilections le portèrent, d’abord vers Saiut-Georges de Marsay ; puis vers Swedenborg et enlin vers la Bible seule.
« Quant à sa surprise que j’aie pu m’occuper ainsi pendant les affreux orages qui ont déchiré ma patrie depuis huit ans, elle cesseroit s’il avoit, comme moi, vu les choses de près ; s’il savoit qu’il y a eu des cantons de la France qui à peine se sont aperçus de l’orage, et que mon pays natal a été du nombre. Cependant je ne puis nier la surveillance particulière de la Providence à mon égard dans ces temps désastreux. »
Le moyen de trop presser et d’attirer en Suisse, comme malgré lui , un homme que la Providence se chargeait elle-même de si bien conduire ! Son ami le sentit. D’ailleurs, Liebisdorf fut si charmé du nouvel écrit de Saint- Martin qu’il se résigna encore une fois et calma scs