LES NOUVEAUX
Alsace ou en Provence. Paris était une « autre Babylone, perdue de mœurs. »
Cependant Saint-Martin y trouva tant d’amis et de travaux qui l’y retinrent, qu’il gémit du fardeau et de la multiplicité de ses occupations, comme ferait un ministre à portefeuille dans l’État le plus constitutionnel du monde.
Ses vrais amis de Paris, qui étaient-ils? Était-ce déjà Gilbert, le médecin des armées, à qui il s’attacha plus tard au point de lui léguer ses livres? Était-ce encore Oombault, l’ancien magistrat au conseil des aides, dont il cite souvent le nom? Étaient-ce d’anciens camarades, des condisciples de Bordeaux ou des disciples ?
Étil n avait plus de relations sérieuses que lui, ni de relations moins exclusives. Toutefois, ce n étaient plus toutes ces grandes dames d’autrefois qui préoccupaient alors sa pensée. 11 est vrai que l’illustre prisonnière de Marseille, « la princesse infortunée qui cherchait naguère encore un asile comme une colombe égarée, » linit cette année même par retrouver des châteauxet des ton es en attendant des palais, mais en ce moment elle résidait obscurément à Petit-Bourg. D’autres, comme l’incomparable Charlotte de Bœckliu, qui habitait toujours dans le pays de Bade sa hutte de Diersbourg, n’étaient pas encore rentrées en France. On ne trouve donc pas d’amitiés féminines un peu en relief à cette époque do sa vie; on remarque, au contraire, une sorte de retour vers ses affections viriles. 11 renoue ses relations avec le comte de Divonne, errant en Suisse, en Allemagne et en Angleterre, tout dévoué aux mystiques écrits de Lavv, mais heureux d’apprendre de Saiut-
AMIS
Martin que madame la duchesse de Dourbon et la comtesse Julie de S. l’aiment encore de toute leur amitié ancienne; plus heureux encore, en raisou de ses études devenues si sérieuses, de la tendresse que Saint-Martin lui témoigne et qu'il n’avait point portée à ce degré jusque-là. Saint-Martin s’attacha encore à deux étrangers illustres qu’il n avait jamais vus, mais dont le baron et madame de Bœcklin lui avaient souvent parlé, le conseiller d’Eckartshauscn et le professeur Young-Stilling. Il leur lit adresser ses écrits et leur exprima son admiration pour leurs travaux, ainsi que son désir de les connaître personnellement. Il revient si fréquemment dans ses lettres à ces deux noms, ainsi qu’à celui de Lavater, qu’on doit signaler dans ses amitiés une modification réelle : plus de simplicité et uuc gravité pure de tout mélange.
Quant aux occupations de Saint-Martin à cette époque, elles furent aussi simples et aussi graves que ses relations. 11 écrivait ses lettres au baron et à madame de Itœcklin et corrigeait les épreuves de sa seconde brochure. C’est ce travail sur la politique du jour qui était la grande affaire du philosophe; on sait qu’il attachait beaucoup de prix à scs publications.
« Je vous avouerai — écrit-il le 1" novembre 179G, au baron, qui désirait qu'il vit le baron de Gleichen (le fameux imitateur du comte de Saint-Germain) qui a laissé des mémoires si curieux et dont nous avons déjà parlé dans un chapitre précédent comme d’un homme que Saint-Martin aimait peu — « Je vous avouerai que je suis encore ici pour quelque temps, et que j’ai probablement le temps d’y recevoirde \os nouvelles. 11 m’est venu des