LA CLARTÉ DIRECTRICE
Mais, si belle que fût cette lettre, elle ne tenait pas lieu d’une conférence avec l’auteur, elle ne consola pas les regrets de son ami, de voir Saint-Martin quittant la campagne prendre d’abord le chemin de Paris, puis celui d’Amboise, au lieu de celui de Berne. On est attristé de voir un homme aussi sage dans la conduite de ses revenus et dans celle de ses charités, réduit à ne pouvoir payer une place dans une diligence. L’idée d’accepter les offres de son ami eût fait rougir sa délicatesse, et celle de faire des dettes l’eût couvert de confusion. Ce désordre, dont d’illustres contemporains donnaient si largement l'exemple, eût été à ses yeux une sorte d’abdication. Liebisdorf comprend ces principes.
« Je me soumets, lui écrit-il, cher frère, au moyen péremptoire que vous employez dans votre dernière lettre, celui de la clarté directrice. Que sa volonté soit faite. Si ce n’est pas dans ce monde, j’espère vous voir dans un autre, pour vous remercier des excellents conseils que vous m’avez communiqués dans la suite de notre correspondance. »
Bientôt après il vit qu’il ne fallait plus compter du tout sur le voyage tant promis, car son ami, qui n’avait jamais voulu toucher aux dix louis d’or qu'il en avait reçus et qui les avait tenus emprisonnés dans son écrin, même aux jours les plus pénibles, le pria de lui indiquer la personne de Paris par laquelle il pourrait le plus sûrement les lui restituer.
Un second voyage que Saint-Martin fit d’Amboise à l'uris, dans l’automne de la même année, avait le même sens pour le baron. Saint -Martin ne dit ni dans ses notes ni dans ses lettres le but ou l’objet de ce voyage,