‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 196 sur 360 · LAKANAL · texte numérisé non relu

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le monde mystique et à se donner, à se demander au besoin des nouvelles de leurs frères et concitoyens de cette patrie-là. Saint-Martin, dans une des plus touchantes de ses lettres, et au milieu de ses coulidences les plus pénibles, secoue tout à coup sa forte âme et s’écrie : « Mais il y a bien longtemps que vous ne m’avez parlé de votre ami de Marbourg (Young-Stilling), ui de votre ami de Munich (M. d’Eckartshausen) , ni de votre Zurichoise (mademoiselle Lavater). «

A cela le baron répondit par d’intéressantes nouvelles et des invitations pressantes. Mais Saint-Martin était enchaîné par de graves travaux et le sentiment que c’étaient des devoirs de sa mission. Dès l’an 179G (l’an v), la classe des sciences morales et politiques de l’Institut (rétabli ou établi plutôt l’an in, sur un rapport excellent de Lakanal, dont nous avons vu les années de calme sans en avoir connu les années de tourmente) avait ouvert, par un programme bien fait, son célèbre concours sur les Sif/nes de la pensée.

Cette question de philosophie pure était loin d’avoir pour le public du jour l’importance d’une de ces questions de morale ou de politique qui offrent de l’attrait à tout le monde dans tous les temps, mais ce fut peut être la plus curieuse de toutes en ce moment. Saint-Martin, qui aimait singulièrement à méditer sur les rapports de l’homme intérieur avec le dehors, et qui, loin de vouloir expliquer l’homme par la nature, expliquait la nature par l’homme, Saint-Martin, disons-nous, dont la finesse d’observation se plaisait surtout dans l’étude du jeu de la pensée, et qui , la prenant en ses primitifs éléments, la suivant avec amour en ses progrès les plus va-

LF. l'HOGRAMMK

riés et en ses incessantes transformations, s’éclairait surtout des moyens venus de haut, traita ce sujet avec plus de soin et plus de profondeur qu’il n’en avait apporté à son premier travail présenté à l’Institut. Son amour-propre se trouvait plus engagé dans ce second. Pour le premier aussi il aurait pu désirer à l’aris un triomphe qui consolât son ancien échec à Berlin ; mais ici il y avait plus : il s’agissait x en quelque sorte , d’une suite à donner aux débats, si importants à ses yeux, de l'École normale. Garat était de la classe des sciences morales et de sa première section, de celle qui s’occupait de l’analyse des sensations et des idées. Au bout d’une trêve de quatre ans, il s’agissait donc de reprendre la lutte du sensualisme et du spiritualisme engagée à l’amphithéâtre du Jardin des Plantes, et de livrer pour la même cause une nouvelle bataille. Une victoire plus éclatante pouvait se voir sur un autre terrain. L’Institut avait publié ce programme, fait avec soin au point de vue et de la main de Garat :

« Est-il bien vrai que les sensations ne puissent se transformer en idées qu’au moyen de signes? Ou, ce qui revient au même, nos premières idées supposentelles essentiellement des signes?

« L’art de penser serait-il parfait, si l’art des signes était porté à sa perfection?

« Dans les sciences où la vérité est reçue sans contestation, n’est-ce pas à la perfection des signes qu’on en est redevable?

« Dans les sciences qui fournissent un aliment éternel aux disputes, le partage des opinions n’est-il pas un effet nécessaire de l’inexactitude des signes?

Lit GARAT.

« V a-t-il un moyen de corriger les signe» mal faits et de rendre toutes les sciences également susceptibles de démonstration?»

On voit, du même coup d’œil, la magnilique portée de la question et la tendance étroite du rédacteur. Aux yeux de celui-ci, il ne s’agit que de perfectionner le langage, de corriger les signes, pour porter les vérités de la métaphysique, de la religion, de la morale et de la politique au même degré de perfection ou de certitude, que celles de l’arithmétique, de l’algèbre et de la géométrie, sciences qui ont des signes parfaits, et sur lesquelles, par cette raison même, on ne se dispute pas. Tout cela repose sur le fameux axiome : la science n’est qu’une langue bien faite. Quel magnifique sujet pour un débat académique, dans la situation où se trouvaient nos doctrines et nos écoles! Jamais position plus belle n’était faite à un spiritualiste tel que Saint -Martin. On dirait que Garat, en écrivant son programme, n’avait songé qu’à ménager à son brillant adversaire l’occasion la plus belle qu’il pùt souhaiter pour exposeï au grand jour sa doctrine tout entière.

Saint-Martin a-t-il compris sa pensée? Il s’appliqua cette fois-ci avec une sérieuse attention à éviter les fautes de 6on concours de Berlin ; mais peut-être en fit-il d’autres. 11 voulut être plus simple et plus clair, et il avait raison ; mais il prit pour y arriver un moyen qui le perdit : il renonça complètement, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, aux secours que pouvaient lui offrir les littératures étrangères, où, dès lors, la question était fort bien traitée. « Je n’ai point eu recours, pour mon essai sur les signes , au mémoire de Soulzer, ni même aux

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