‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 201 sur 360 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

I.e concours sur les institutions politiques et un nouvel ouvrage de Saint- Martin. — Sentence de i'inquisilion d'Espagne. — La cinquantecinquième année du théosophe. — Luc querelle d'amis. — La mort de Liebisdorf. *

Si Saint-Martin fut fort au sein de l’adversité et calme au milieu des tempêtes, c’est qu’il eut foi en sa destinée comme en Dieu; c’est qu’il n’y eut point d’adversité pour lui, point de tempête. Loin de désespérer de l’assainissement de cette atmosphère où il étouffait, il avisait au salut de tous avec les meilleurs esprits du pays, l’Inslitut à leur tête. En effet, la classe des sciences morales et politiques ayant posé ce programme : « Quelles" sont les institutions les plus propres à fonder la morale d’un peuple, » il écrivit un mémoire; et il le publia après le premier concours, dans une brochure intitulée : Réflexions d’un observateur sur la question proposée par /'Institut, etc. (Paris, 1797.)

Le sujet était d’une importance si sérieuse pdur ces jours encore néfastes, qu’il aurait mérite un ouvrage complet. Saint-Martin avait fait, comme élève en droit, une étude spéciale des lois sociales en regard de fa loi

CNE MERCURIALE.

naturelle, et, plus tard, une étude plus approfondie de Burlamaqui et de Rousseau, sans parler de Bacon et de Montesquieu. 11 était donc appelé à traiter une question de cette importance d’une façon forte et large, et, au premier abord, on a quelque peine à comprendre qu’il ait voulu l’effleurer plutôt que de l’approfondir. Or, Saint-Martin, qui savait si admirablement la question, ne fit que cela, sachant ce qu’il faisait. Du moins il envoya cet écrit à son ami de Berne un an après, en lui disant qu’il n’avait pas voulu lui en parler dans le temps, « parce que c’étoit trop peu de chose. » On voit là à la fois qu’il se juge bien, et que, cependant, il voudrait se donner le change et essayer de le donner ailleurs.

Comment expliquer le fait? Voyant le mal mieux que personne, l’envisageant avec plus de calme et plus de confiance dans le gouvernement de Dieu, ayant nonseulement applaudi aux premières aspirations de la Révolution, mais résisté au nom de sa foi aux plus grandes crises de la Terreur; ayant jugé avec indulgence les violences outrées qu’elle avait commises en se voyant combattue avec une violence calculée; ayant pardonné ses plus grandes iniquités en vue de son triomphe final, Saint-Martin, plus que tout autre, avait le droit de sonder toutes les plaies du pays, et le devoir de lui proposer tous les remèdes qu’elles réclamaient. Et au lieu de lui parler la seule langue qu’il fût en état d’entendre, il se borne à lui offrir une mercuriale qu’on ne pouvait goûter. 11 faut à cela une explication, et une seule sera la bonne. Ce qui manque, Saint-Martin le sait aussi bien que tout autre : c’est la moralité assise sur ses vrais fondements, les institutions religieuses. Mais cette

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