‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 216 sur 360 · LE CONSULAT · texte numérisé non relu

LE CONSULAT

que j'aie compté sur son succès. J’ai seuti souvent, en l’écrivant, que je faisois là, comme si j’allois jouer sur mon violon des valses et des contredanses dans le cimetière de Montmartre, où j’aurois beau faire aller mon archet, les cadavres qui sont là n’entendroient aucun de mes sons et ne danseraient point. » (Port., 1090.)

Nobles sympathies pour l’humanité souffrante, et verve intarissable.

Pour les belles âmes, les tendresses spirituelles croissent avec les années. Saint-Martin se communiquait à cette époque plus volontiers que jamais; car dans ses aspirations vers le ciel il n’entrait aucun mécontentement, aucune impression de déception venue de la terre. 11 ne se plaignait de personne, ni du gouvernement de son pays, ni de la marche de l’Europe. Sa foi à la révolution n’avait jamais chancelé ; elle recevait à chaque instant, et des plus grands faits, sa légitime récompense. Tout se rétablissait en France en se renouvelant et s’agrandissant sans cesse ; le consulat répandait partout son sens de saine restauration; son esprit d’ambitieuse sagesse, de raison et de modération, la plus belle candidature à l’autorité suprême. C’était aussi le plus habile décret de rappel des exilés. Déjà Fontanes et Chateaubriand étaient rentrés, saluant avec un égal bonheur l’ère nouvelle et le sol natal; célébrant l’ordre public rassis sur ses bases éternelles, la religion et la loi, et demandant leur part aux charges et aux bénéfices d’un gouvernement qui donnait tant de gages d’avenir. Les anciens amis de Saint-Martin, la duchesse de Bourbon à leur tête, rentraient de la dispersion dans Paris, suivis de beaucoup de ces émigrés convertis par le mal-

DE GÉltAWDO.

heur, par les attraits de la patrie, par des places et par des honneurs que la reprise ou le rachat de leurs domaines pourrait suivre de près. A ses anciennes connaissances, le philosophe religieux, si longtemps demeuré solitaire et privé de ses amis d’élite, des douceurs de leur commerce, en ajouta do nouvelles. Il se lia avec l’excellent de Gérando, jadis son vainqueur à l’Institut, et qui alla droit à son cœur de la manière la plus touchante, en venant au-devant de lui pour l’embrasser tendrement au moment où le théosophe entrait dans un salon, ignorant sa présence. Saint-Martin dit qu’il aimait en lui le membre de l’Institut et le savant ; mais il appréciait comme tout le monde cette âme affectueuse et charitable, unissant de grandes lumières philosophiques à de fortes habitudes chrétiennes, l’homme le plus appelé à faire de Saint-Martin précisément l’espèce d’éloge qu’il fait de lui. En effet, de Gérando lit connaître, dans la Décade philosophique, la plus belle et la plus constante de ses vertus, sa charité et sa manière de la faire. 11 le lit en digue émule de son ami, nous racontant que le philosophe inconnu, qui aimait le spectacle, se mettait quelquefois en route pour en jouir, et prenait toujours, dans les quinze dernières années de sa vie, pour se procurer un plaisir plus vif et plus délicat encore, le chemin de la demeure d’une famille dans le besoin, pour lui offrir la petite somme qu’il aurait dépensée à la porte du théâtre.

A cette époque, de Gérando n’était pas encore l’écrivain religieux et le penseur spiritualiste si avancé que nous avons connu depuis. Pour Saint- Martin, ce n’était qu’un profane; mais pour s’attacher, Saint-Martin ne

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