‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 215 sur 360 · LE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU

de sa toile avec la magique prestesse d’un peintre qui aurait passé sa vie à esquisser le paysage.

« Dans les Alpes, voyez ce chasseur qui quelquefois est surpris et enveloppé soudain d’une mer de vapeurs épaisses, où il lie peut pas seulement apercevoir ses propres pieds ni sa propre main, et où il est obligé de s arrêter là où il se trouve, faute de pouvoir faire en sûreté nu seul pas. Ce que ce chasseur n’est que par accident et par intervalles, l’homme 1 est ici-bas continuellement et sans relâche. Ses jours terrestres sont eux-mêmes cette mer de vapeurs ténébreuses qui lui dérobent la lumière de son soleil et le contraignent à demeurer dans une pénible inaction, s’il ne veut pas au moindre mouvement se briser et se plonger dans des précipices. »

Quelle belle idée et quelle belle image! Voilà le vrai moraliste, ingénieux et saisissant.

- Je l’ai dit, la force de Saint-Martin n'est ni dans son talent d’écrivain ni dans sa pensée métaphysique, elle est dans ses dons de moraliste , c est-a-dire dans ceuxlà précisément qu il se connaissait le moins, il est faible,

au contraire, précisément dans ceux qu il prisait le plus:

les dons de la haute spéculation dans la science qu’il croyait avoir le mieux cultivée, j’entends la métaphysique.

Kcoutons-le, toutefois, lui-même à ce sujet. Il faut qu’il nous confesse en personne ses illusions, pour qu’on puisse admettre qu’elles aient pu aller si loin et jusqu’à ce degré de comparaison avec le plus grand de nos penseurs.

« Descartes a rendu un service essentiel aux sciences naturelles, en appliquant l’algèbre à la géométrie matérielle. Je ne sais si j’aurai rendu un aussi grand service

IjESCAIHES.

à la pensée, en appliquant l’homme, comme je l'ai fait dans tous mes écrits, à cette espèce de géométrie \ive et divine qui embrasse tout, et dont je regarde l’hommeesprit comme étant la véritable algèbre et l’universel instrument analytique. Ce seroit pour moi une satisfaction que je n’oserois pas espérer, quand même je me permettrais de la désirer. Mais un semblable rapprochement avec ce célèbre géomètre dans l’emploi de nos facultés, seroit une conlormité de plus à joindre à celles que nous avons déjà, lui et'moi, dans un ordre moins important, et parmi lesquelles je n’cn citerai qu’une seule, qui est d’avoir reçu le jour l’un et l’autre dans la belle contrée connue sous le nom du jardin de la France. »

Soufflons hardiment sur cette auréole imaginaire. Saint-Martin en a une plus belle : l’auréole éthique, qui éclipse toutes les autres.

Si supérieur que fût ce nouvel écrit du théosophe à ceux qu’il avait publiés jusque-là, le Ministère de l’ Homme-Esprit eut un grand tort : il parut en temps inopportun comme ouvrage de religion et comme ouvrage de style. Aux deux points de vue, il fut éclipsé par le Génie du Christianisme , qui plut et déplut à Saint-Martin comme à tant d’autres, s’emparant à la fois de tous les lecteurs et de toutes les feuilles publiques.

L’auteur en prit sou parti avec la bonne humeur d’un jeune homme.

«Vers la fin de 1802, j’ai publié le Ministère de l’ Homme-Esprit. Quoique cet ouvrage soit plus clair que les autres, il est trop loin des idées humaines pour

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