CHATEAUBRIAND
chauffant peu à peu, se mit à parler en façon d’archange; plus il parlait, plus son langage devenait ténébreux... Depuis six mortelles heures, j’écoutais et je ne découvrais rien. À minuit, l’homme des visions se lève tout à coup; je crus que l’Esprit descendait, mais M. de Saint-Martin déclara qu’il était épuisé ; il prit sou chapeau et s’en alla. »
Telle est l’épigramme.
L’hymne, qui retentit dans la plume de Saint-Martin, exagère à son tour :
« Le 27 janvier 1803, j’ai eu une entrevue avec M. de Chateaubriand, dans un. dîner arrangé pour cela, chez M. Neveu, à l'École polytechnique. J’aurois beaucoup gagné à le connoître plus tôt. C’est le seul homme de lettres honnête avec qui je me sois trouvé en présence depuis que j’existe. Et encore n’ai-je joui de sa conversation que pendant le repas ; car aussitôt après parut une visite qui le rendit muet pour le reste de la séance, et je ne sais quand l’occasion renaîtra, parce que le Roi de ce monde a grand soin de mettre des bâtons dans les roues de ma carriole. Au reste, de qui aije besoin, excepté de Dieu? »
Ne trouver que Dieu pour se consoler de la perspective de ne plus revoir Chateaubriand , est-il rien de plus exalté? Châteaubriand n’est pas de cet avis. Rien de plus beau aux yeux du vaniteux homme de génie que ces lignes. Il en est ému. 11 éprouve un remords à la lecture d’une telle admiration, dont le bruit lui arrive d’outre-tombe, en 1807, quand celui qui les a écrites dort près du Val-aux-Loups depuis quatre ans. 11 y répond alors par de belles lignes.